dimanche 9 juin 2019

Charte des LNFU


CHARTE ET DÉCLARATION DE PRINCIPES
DE LA FRANC-MAÇONNERIE TRADITIONNELLE LIBRE


Nous, Sœurs et Frères de la Franc-Maçonnerie Traditionnelle Libre (FMTL), œuvrant au sein de la Loge Nationale Française (LNF) et de la Loge Nationale Mixte Française (LNMF) et qui formons ensemble les Loges Nationales Françaises Unies (LNFU), affirmons notre attachement aux principes suivants et nous engageons à les maintenir parmi nous :


ARTICLE I
La franc-maçonnerie est de nature spirituelle et traditionnelle. Fondée depuis ses origines sur la foi en Dieu, le Grand Architecte de l’Univers, elle vise à la transformation initiatique de ses membres par la réception du message de Lumière et d'Amour que, depuis son origine, la tradition maçonnique a identifié à l'Evangile de Jean, à travers la pratique rigoureuse des usages, des rites et des cérémonies maçonniques.

C’est pourquoi la franc-maçonnerie doit bannir avec une extrême rigueur de ses Loges, sous peine de manquer à sa mission fondamentale, tout ce qui est contraire à ces définitions. Elle doit notamment se refuser à toute activité dans le domaine politique, social, économique et financier, ce qui est une source abondante de mésentente et de conflits entre ses membres. Les Loges s’interdiront tout exposé et tout travail sur ces sujets et leurs membres s’abstiendront de toute conversation de ce genre lors des réunions maçonniques quelles qu’elles soient.

Cultivant la modération et la courtoisie, les Maçons se doivent également d'observer une grande décence dans leurs propos et de s'abstenir de tout excès susceptible de modifier et d'altérer leur comportement.

ARTICLE II
L'entraide a toujours été une des grandes règles de la franc-maçonnerie. Elle exige cependant d'être exercée avec beaucoup de discernement. Elle doit notamment se limiter aux services qui allègent les difficultés réelles que rencontrent les uns et les autres au cours de leur existence et ne jamais devenir une sorte d'association matérielle ou de complicité pour le profit.

ARTICLE III
La bienfaisance est aussi un des buts les plus anciens de la franc-maçonnerie. Elle se distingue de l'entraide en ne se limitant pas aux membres de l'Ordre. Elle est pratiquée soit par les Loges, soit individuellement par leurs membres. C’est un engagement majeur de toute franc-maçonnerie vraiment consciente d’elle-même.

ARTICLE IV
Parmi les dangers qui menacent la vie initiatique des Loges, la recherche des honneurs doit certainement être considérée à l’égal des plus graves. La hiérarchie qui est une des structures naturelles de la franc-maçonnerie peut en effet tenter des Maçons plus soucieux d’apparence que de réalité, plus désireux d’exercer une autorité illusoire que d’assumer pleinement des charges et des responsabilités.

Il faut reconnaître par ailleurs que la place importante que prennent nécessairement des Maçons compétents, actifs et dévoués est un autre péril, car ces derniers habituent les membres des Loges à la facilité et leur succession devient d’année en année plus difficile.

C’est pourquoi nous estimons que le changement de Vénérable chaque année dans les Loges est une pratique à recommander, si toutefois les circonstances et la situation de la Loge le permettent sans risque pour elle. Il est en outre très souhaitable que le futur Vénérable ait occupé différents postes des filières propres à chaque Rite. Les aptitudes de tous peuvent ainsi apparaître clairement et les listes des Officiers à élire chaque année ne doivent être établies que dans le seul intérêt de la Loge et du Rite, et jamais dans un esprit de complaisance ou de concession à une vanité trop humaine.

ARTICLE V
Les Loges sont dirigées de façon collégiale par les Maîtres Maçons réunis en Conférence de Maîtres, limitée aux seuls membres actifs. La plus large unanimité est toujours recherchée. Les Apprentis et les Compagnons ne sont jamais associés ou mêlés aux décisions à prendre ni aux discussions qu’elles suscitent. La fonction de Conseil des sages que doit y jouer l’ensemble des Passés-Maître doit en outre soulignée.

ARTICLE VI
Les initiations et les affiliations ne sont décidées qu’à l’unanimité, ce qui signifie que chaque membre d’une Loge dispose d’un droit d’opposition pour des motifs sérieux et légitimes et selon les dispositions du Règlement intérieur de chaque Loge. On ne doit pas permettre en effet qu’une Loge soit troublée par l’admission d’un nouveau membre contre le gré d’un membre plus ancien. Si la répétition ou le nombre de ces oppositions crée une crise au sein d’une Loge, une issue possible est la création d’une nouvelle Loge, ce que tous doivent faciliter dans un climat de conciliation.

Ces initiations et ces affiliations devront être précédées de la plus large publicité maçonnique permise par les circonstances, ces actes importants devant être accomplis au su de tous en toute clarté et loyauté. Elles doivent impérativement respecter les stipulations du Règlement général sous peine de nullité et de sanction pour la loge qui aura manqué à ses obligations.

D’une façon plus générale, on ne perdra pas de vue que l’association maçonnique étant fondée sur la libre cooptation et la coexistence paisible et harmonieuse, aucune règle supérieure à celles-ci ne saurait imposer à des membres, séparés momentanément ou durablement par des antipathies ou des incompatibilités, de continuer à se fréquenter dans la même Loge. Cette situation, profondément regrettable certes, mais qui se rencontre malheureusement parfois, compromet en effet tout travail initiatique et toute évolution heureuse des uns et des autres. On devra dans ce cas s’efforcer de parvenir d’un commun accord à des essaimages ou à des changements d’appartenance ce qui, en supprimant dans l’immédiat des causes de frictions, sera aussi un moyen sûr de rétablir dans l’avenir des relations plus normales et plus satisfaisantes.

ARTICLE VII
Les augmentations de salaire sont de la même façon décidées à l’unanimité. Les candidats doivent avant tout avoir fait preuve d’assiduité et montré leur instruction maçonnique, leur ancienneté dans un grade étant une donnée secondaire par rapport à la qualité de leur engagement. Leur conduite doit être, à tous égards, irréprochable.

ARTICLE VIII
Nous constatons que le pluralisme des Rites est une réalité maçonnique qui doit être admise. Nous pensons qu'à travers ce pluralisme des rites une recherche initiatique méthodique et prudente doit permettre de retrouver l'essence traditionnelle de la Maçonnerie, ce que nous développons au sein de nos Loges d’Etude, l’instruction maçonnique et la connaissance approfondie des sources de la franc-maçonnerie étant une des préoccupations essentielles de la Franc-Maçonnerie Traditionnelle Libre

Les Rites ne s'excluent pas, ils se complètent. Un Maçon peut pratiquer plusieurs rites mais il faut dans ce cas qu'il s'abstienne soigneusement de les mêler par ignorance ou par un désir irréfléchi de bien faire.

Sans exclusive pour l’avenir, nous nous sommes attachés aux Rites suivants, dans le respect absolu de leurs textes fondamentaux, placés sous le contrôle du Collège des Fondateurs:
  • Rite Moderne Français Traditionnel (RMFT) - selon des textes français des XVIIème et XVIIIème siècles et de vieux textes anglais, écossais et irlandais, dont le plus ancien actuellement connu remonte à 1696.
  • Rite Anglais Style Emulation (RAE) - issu en Angleterre de l'Union de 1813.
  • Rite Ecossais Rectifié (RER) - conformément aux textes établis de 1782 (au Convent de Wilhelmsbad) à 1809 (sous la responsabilité personnelle de J.-B. Willermoz).
  • En outre, la cérémonie d’Installation secrète du Maître de Loge est reconnue comme un vénérable et ancien usage du Métier.
Chacun de ces Rites comporte un ou plusieurs grades complémentaires qui sont conférés dans des organismes distincts des Loges symboliques et de leur fédération, et dotés d’une administration spécifique. Les Loges Nationales Françaises Unies en déterminent la liste et concluent des accords avec eux. En particulier, ces organismes seront fraternellement consultés pour toute question rituelle de leur ressort.

ARTICLE IX
De même, la diversité obédientielle nous semble une donnée irréversible de la tradition maçonnique française dont tous les francs-maçons, quelle que soit leur appartenance, sont les héritiers. Nous ne considérons pas ce pluralisme comme un champ de concurrence ni comme une occasion de querelles. Ouverts à la différence et soucieux de partager, nous souhaitons au contraire occuper notre place dans le paysage maçonnique en préservant notre identité et nos principes, dans le respect des obédiences qu’animent les mêmes sentiments et dont les membres sont dès lors fraternellement accueillis dans nos Loges.

ARTICLE X
Le premier devoir de tout Maçon est le travail. C’est pourquoi les membres de toutes les Loges des Loges Nationales Françaises Unies s’engagent à préparer soigneusement les Tenues en fonction de leur ordre du jour, prévu si possible dès le début de l’année maçonnique.

Dans le même esprit, la pratique exacte du rituel est un des éléments fondamentaux de la vie maçonnique. Elle suppose en particulier, de la part des Officiers, le bon accomplissement de leur fonction symbolique. Ils ont le devoir d’acquérir une connaissance sérieuse de leur rituel dont la lecture régulière et réfléchie, outre qu’elle leur apportera des aperçus toujours nouveaux sur les leçons que la franc-maçonnerie nous adresse, leur permettra ainsi d’en mieux maîtriser la pratique.

ARTICLE XI
C’est dans le cadre strict des Rites et des rituels définis par les Loges Nationales Françaises Unies que se situe le travail de ses Loges, et aucune référence à d’autres Rites, ni à d’autres pratiques obédientielles, ne peut être envisagée.

De même, la pratique des grades complémentaires est un des objectifs des membres de la Franc-Maçonnerie Traditionnelle Libre, au sein des organismes appropriés, et la présence de ces grades, complément naturel et nécessaire de la maçonnerie symbolique, est ostensible en son sein.

ARTICLE XII
Tout membre actuel ou futur des Loges Nationales Françaises Unies doit accepter sans réticence tous les principes énoncés ci-dessus, et s’engage à ne pas y porter atteinte, sauf à devoir reconsidérer son appartenance ou à se voir légitimement refuser son initiation ou son affiliation.

ARTICLE XIII
Enfin, sans prétendre à une quelconque filiation historique ni revendiquer la moindre préséance, mais pour témoigner de notre souci de nous inspirer d’une longue et vénérable tradition, nous avons adopté des armes s’inspirant de celles accordées en 1472 à la Compagnie des Maçons de Londres : « God is our Guide », « Dieu est notre Guide », et reprises plus tard par la première Grande Loge de Londres créée en 1717, ainsi que la devise de ladite Compagnie en 1677 : « In the Lord is all our Trust », « Nous plaçons toute notre confiance dans le Seigneur », ce qui doit s'entendre dans tous les sens, et notamment dans le sens tiré de la tradition biblique, en se souvenant que l'Eternel sur le Sinaï guida Moïse en lui donnant tous les plans du Tabernacle, qui devait lui-même être le modèle du Temple élevé à Jérusalem pour être la Demeure du Seigneur, sous les ordres du Roi Salomon, avec l'aide du Roi Hiram de Tyr et le précieux concours d'Hiram Abif.

Déclaration adoptée par
le Grand Conseil des LNFU
le 09 juin 2018

jeudi 30 mai 2019

Jean-Baptiste Willermoz

Lors de la Tenue du 8 novembre 2018 de la Loge Court de Gébelin lettre β (LNMF), consacrée à la S.O.T. et au R.E.R., Jacques Rondat, auteur d'une étude intitulée La Correspondance maçonnique échangée par Jean-Baptiste Willermoz et Claude-François Achard sous titrée « Un cours de Maçonnerie rectifiée » (Les Editions de la Tarente, 2017) a présenté les principales étapes de la vie de Willermoz et son action à travers 4 thèmes : ésotérisme ; Franc-maçonnerie ; religion ; vie privée.
"Jean-Baptiste Willermoz a reçu une éducation chez les jésuites jusqu’à l’âge de 12 ans. Il a probablement aussi bénéficié d’une aide familiale, peut-être aussi comme sa sœur, la future Madame Provensal, qui l’accompagnera durant toute sa vie. Il apprend donc à écrire, puis l’histoire, la théologie, la patristique, la philosophie, etc. Il est catholique. Apprenti dans le négoce de la soie, il deviendra un vrai professionnel, entrepreneur et ingénieur, alliant ainsi un côté très pratique par son métier à un besoin plus subtil de recherche spirituelle. 
Sa carrière maçonnique fut extraordinaire. Elle commença au tournant du siècle. Il rencontra Martinès de Pasqually, Louis-Claude de Saint-Martin. Il fréquenta la Stricte Observance, fonda le Rite Ecossais Rectifié (convent des Gaules à Lyon en 1778), échangea une correspondance avec tout l’Europe maçonnique et nombre de princes régnants, s’opposa à Jean-Pierre-Louis Beyerlé, s’intéressa au magnétisme animal, etc.
Après la Révolution il s’illustra par son action dans sa ville de Lyon comme administrateur des hospices. 
A sa mort c’est Joseph Antoine Pont qui hérite de ses archives et contribuera à les transmettre à la postérité ce qui nous permet aujourd’hui d’étudier à loisir ce grand Maçon, ce Régime maçonnique et la Franc-maçonnerie en général. 
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La suite sur le site de la Loge.

samedi 25 mai 2019

Introduction du rite des "Anciens" en France : 1804-1821

A la Tenue du 3 mars 2015 de la Loge Louis de Clermont lettre ג de la LNF, Roger Dachez a présenté un travail sur "l'introduction du rite des Anciens en France : 1804-1821" dont voici quelques extraits :
"L’histoire maçonnique britannique de la 2e moitié du XVIIIe siècle est marquée par un conflit entre deux puissances obédientielles, conflit aux conséquences diverses et inattendues. En Angleterre, il s’achève heureusement au début du XIXe siècle par l’union de ces deux organisations rivales, mais en France il va connaître un avatar imprévu dont les implications se font toujours sentir aujourd’hui. 
Pour comprendre ce qui va suivre, il importe de se souvenir :
  • que ce conflit concerne ce que nous appelons les grades bleus (Apprenti ; Compagnon ; Maître)
  • que la césure entre grades bleus et hauts grades n’existe pas au XVIIIe siècle. Elle n’apparaîtra qu’après la décision de la Grande Loge Unie d’Angleterre de 1813.
1. La Franc-maçonnerie dans les îles britanniques au XVIIIe siècle 
Le plus ancien système maçonnique connu sous la forme actuelle d’obédience spéculative organisée apparaît en terre britannique dans les années 1720. Ces usages sont dévoilés publiquement en 1730 à Londres dans la fameuse divulgation de Prichard Masonry Dissected
Deux décennies plus tard, au tournant du siècle, apparaît, en Angleterre, une deuxième puissance maçonnique dénommée Grande Loge des "Anciens Francs-Maçons selon les Anciennes Institutions". Ses usages sont dévoilés publiquement en 1760 par la divulgation The Three Distincts Knocks
C’est dans cette décennie (1760) qui se cristallise l’opposition entre ces deux Grandes Loges : opposition de pouvoirs et opposition rituelle. 
Ces nouveaux maçons exprimaient divers reproches aux premiers, que l’on pourrait résumer dans le titre même de la Grande Loge., titre qu’ils brandirent comme un étendard. Ils se prétendaient, contre toute évidence, plus « anciens » que les premiers, si bien que ceux-ci reçurent, a contrario, le qualificatif péjoratif de « modernes ». On s’en doute, le nom même d’ « ancien » n’est pas neutre et devint même franchement polémique. « Ancien » veut signifier « vraie tradition maçonnique » et « moderne » tradition maçonnique altérée. Quoiqu’il en soit, après 60 ans de rivalité les 2 Grandes Loges vont s'unir en 1813 pour former la Grande Loge Unie d’Angleterre, preuve s’il en était besoin que l’opposition de traditions « Moderne » et « Ancienne » n’était pas si irréductible que cela. Le nouveau rituel qui en résultera deviendra, sous le label « Emulation » un standard de la tradition maçonnique mondiale. 
L’histoire de ce conflit pourrait s’arrêter là mais elle va prendre un nouveau tour en terre française. On va voir comment. 
2. La Franc-maçonnerie en France au XVIII siècle et son prolongement en Amérique 
Ce sont des maçons anglais, écossais, irlandais qui introduisent la Franc-Maçonnerie en France, vers 1725, en fondant une loge, rue des Boucheries à Paris, rue détruite depuis par le percement du boulevard Saint-Germain. A cette époque, ces maçons pratiquent les usages maçonniques de la seule Grande Loge alors connue, la Grande Loge d’Angleterre dite plus tard "Moderne". C'est donc cette tradition "Moderne" qui est unanimement pratiquée en France au XVIIIe siècle. La tradition « ancienne » y est totalement inconnue. 
En 1761 se produisit un épisode qui passa probablement totalement inaperçu à l’époque mais qui deviendra, a posteriori, l’acte de naissance d’un nouveau système maçonnique : Etienne Morin, muni d’une patente de la Grande Loge de France de l’époque, s’en va aux Amériques répandre les grades alors pratiqués dans notre pays, entendons les hauts grades. 
Ces hauts grades continueront à être pratiqués et à évoluer en France et, sous l’égide du Grand Orient de France et de son Grand Chapitre Général, est composé dans les années 1780 « le rite Français ». Ce rite est composé des 3 grades dits bleus de la tradition des « Modernes » et de 4 « ordres » qui sont une sélection réorganisée de ce que l’on estimait de meilleur dans les hauts grades. 
Pendant ce temps-là, Outre-Atlantique, se confectionna, à partir d’un corpus symbolique semblable, un système rituel différent : à la base les 3 grades bleus, non plus de la tradition des « Modernes » mais de la tradition des « Anciens ». En effet, ces derniers s’étaient bien implantés en Amérique aux temps de l’indépendance et s’étaient rapidement imposés sur le plan maçonnique face à la tradition des « Modernes » qui était assimilée au pays colonisateur : l’Angleterre. Au-delà de ces 3 grades bleus, on trouvait un conglomérat de grades formés de ceux transmis ou confectionnés par Morin (décédé en 1771) et d’autres inventés pour la circonstance de façon à former un système en 33 grades qui donnera naissance au 1er Suprême Conseil du Monde (de la juridiction sud des Etats-Unis) en 1801. 
3. Le XIXe siècle en France 
Au début du XIXe siècle la France et, par voie de conséquence, la Maçonnerie française entrent dans une nouvelle époque. Le 1er Consul, Bonaparte, signe la paix d’Amiens avec l’Angleterre en 1802. Nombres de militaires regagnent notre pays, notamment ceux venus des îles et d’Amérique, parmi lesquels un certain de Grasse-Tilly. Comme nombre de ses confrères, c’était un Franc-maçon. Patenté par le Suprême Conseil du Sud des Etats-Unis il fonde, en 1804, un Suprême Conseil « du 33e degré » à Paris. Or au début de l’Empire, et c’est la volonté de l’Empereur, il n’existe vraiment qu’une seule puissance maçonnique en France, le GODF qui a d’ailleurs à sa tête un membre de la famille impériale, assisté de Jean-Jacques Régis de Cambacérès. Le nouveau Suprême Conseil négocie donc un accord avec le GODF au terme duquel ce dernier régit les 3 grades bleus (de la tradition des « Modernes ») et les hauts grades jusqu’à celui de Rose-Croix (18e) tandis que l’autre partie gérera les grades supérieurs jusqu’au 33e. Malheureusement ce concordat ne résiste pas à la chute de l’Empire. Le Suprême Conseil se scinde alors en deux : l’un demeure fidèle au GODF tandis que l’autre, « le Suprême Conseil de France » prend son indépendance en 1821. 
Ce Suprême Conseil de France se retrouve alors dans une situation inédite, celle d’avoir à gérer l’ensemble des 33 grades ou degrés, à commencer par les grades bleus. Comme il voulait se différencier du GODF et que les premiers fondateurs du Suprême Conseil avaient reçu la tradition « ancienne » pratiquée en Amérique, le Suprême Conseil de France décida de s’en inspirer principalement pour confectionner de nouveaux grades bleus. Au vrai ils sont « rouges » (couleur de la Légion d’honneur) et sont principalement composés de 3 sources :
  • la tradition « ancienne » comme on vient de le voir
  • un rite « écossais » connu en France dans les années 1760 (à Marseille-Avignon-Paris) qui est en réalité un rite « moderne »
  • la tradition française pratiquée à l’époque, c’est à-dire là encore « moderne ». Au total ces nouveaux grades « bleus, écossais » (dénomination destinée à les distinguer des grades « français ») sont un mixte de ces traditions « moderne » et « ancienne ». On peut le découvrir, publié en 1821 dans Le Guide des Maçons Ecossais (cf. réédition par Pierre Noël, Paris 2006). 
4. Le rite des « Anciens » en France 
Avec ces grades « bleus écossais » on aurait pu penser qu’ait été trouvé entre ces deux traditions un compromis harmonieux, à l’image du rite anglais issu de l’Union de 1813. Mais en réalité, du fait de l’évolution rapide de la Maçonnerie française au XIXe siècle, évolution à laquelle le Suprême Conseil de France ne va pas échapper, ce nouveau rite ne va guère être pratiqué tel quel et va, dès les années 1830, se « franciser », se moderniser – c’est particulièrement visible dans la nouvelle rédaction des instructions- jusqu’à prendre une couleur politique, laïciste et sociétale bien connue (cf. le cas de la Grande Loge symbolique écossaise). Au XXe siècle la situation change. Malgré son évolution « progressiste » le Rite « écossais ancien » va vouloir peu à peu se présenter comme un contre-modèle à un rite français ou « moderne ». On réutilise alors, mais dans un tout autre contexte, la querelle anglaise des « Modernes » et des « Anciens » pour étayer l’idée selon laquelle le Rite Ecossais Ancien et Accepté, dans ses grades « bleus » serait l’héritier d’une tradition « ancienne » plus authentique que la tradition des « Modernes » qualifiée aujourd’hui d’« Andersonienne » et représentée par le GODF. 
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samedi 18 mai 2019

In memoriam Jacques Flamand (1935-2018)

Jacques a été initié le 18 juin 1981 au sein de la Loge Jean-Théophile Désaguliers n° 1 de la Loge Nationale Française. 4 ans plus tard, le 25 novembre 1985 il en devient le Très Vénérable.

En dehors de ces qualités personnelles, c’est la pratique de la Maçonnerie Traditionnelle Libre qui est illustrée par cette relative rapidité dans la carrière qui étonnerait, aujourd’hui encore, bien des Frères de la Maçonnerie française. Tout apprenti est appelé à découvrir l’intégralité de la tradition maçonnique et à la vivre. 

Il sera encore 3 fois Vénérable de cette loge, en 1988 ; 1992 juste après la mort de René Guilly ; et en 1998. Il occupa aussi divers postes dans la loge : hospitalier ; Maître de musique lors des réceptions ; 2e expert ; couvreur, etc. Il y donnera divers travaux citons : Viollet le Duc (1994) ; Cervantès et Don Quichotte (2007). 

Il recevra tous les grades de la tradition française au sein du Souverain Chapitre Français Jean-Théophile Désaguliers. Il sera, avec Claude D., le premier reçu en pleine forme au grade de Maître Parfait en 1984, au XXe siècle. Le 7 janvier 1987 il est reçu au grade de Maître Irlandais. Il deviendra Souverain Prince Rose-Croix et prendra le nom « Espérance ». En 1996 il sera dépositaire des rituels d’installation pour la tradition française. Il sera membre du Ve Ordre et président du 2e ordre Grand Elu Ecossais en 2008. Le 16 juin 2009 il est membre d’honneur de notre Loge mais continue à la fréquenter en 2010 pour le 50e anniversaire de la Loge et le 30e anniversaire maçonnique de Roger Dachez. 

Il appartint aussi à la loge d’étude héraldique « Heraldica » consacrée à l’héraldique et à la sigillographie dont il sera longtemps secrétaire et où il donne des travaux comme : 

  • Approche préliminaire au symbolisme des végétaux en héraldique (4 janvier 1988),
  • Figures artificielles et célestes (28 avril 1990),
  • Armes et armures (7 janvier 1991),
  • Présentation de la réédition de L’idée de la parfaite devise d’Emanuele Tesauro, Les Belles Lettres (11 janvier 1993),
  • L’Agnus Dei (17 novembre 1994).

Il pratiqua aussi la tradition britannique et anglo-saxonne au sein de la Loge L’Echelle de Jacob où il donnera un travail en 2007 quasi prémonitoire sur le symbolisme de la porte à partir d’un poème de Francis Ponge et sur « La symbolique des couleurs et son histoire » (2009). Il pratiquera le grade de la Marque. Il recevra l’’installation secrète. A partir de 2002 il fera partie de l’aventure du chapitre Rose-croix « Petit Ut Vivat » qui pratique le grade de Rose-Croix de Heredom, chapitre alors sous obédience anglaise. Il en sera membre fondateur le 15 février 2003 et y prendra le nom de « chevalier de l’Espérance ». Il sera secrétaire du chapitre. 

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Il était artiste peintre et il exposa à partir du 24 septembre 1998, Galerie Langlet 27 rue Vanneau Paris VIIe. Il fut aussi poète, amateur de théâtre (décors et mise en scène). 

Dans les 10 dernières années de sa vie, c’est la maladie qui l’affligea. D’abord tourmenté dans son corps (hanche ; genoux ; col du fémur), il fut touché dans sa présence au monde et s’il participa physiquement, une dernière fois, à une tenue du chapitre Petit Ut Vivat, le 15 février 2014 il était déjà ailleurs. 

Jacques est vivant. C’est notre foi comme on l’affirme dans la chaîne d’Union qui est dite au rite Français traditionnel : « en Elle, sont toujours présents ceux qui la formaient hier ». S’il ne fallait retenir qu’une image de Jacques, ce serait son sourire et-certes il aimait plaisanter mais avec tact et discrétion. Et c’est bien dans la discrétion et, espérons-le l’espérance que cette âme a rejoint son Créateur, une âme dont on pourrait dire en reprenant les mots de Jean-Baptiste Willermoz que « ce que nous nommons la mort est le commencement de la seule véritable et désirable vie pour les âmes de cette trempe ; c’est pour nous que nous pleurons en les perdant, lorsque nous devrions nous réjouir pour elles de ce changement d’état. » 

(Source : in memoriam Jacques Flamand sur le site de la Loge Jean-Théophile Désaguliers n° 1)

dimanche 12 mai 2019

Le tableau du 2e grade du RER

En 1991, la Loge L'Equerre - La Tradition Rectifiée n° 4 (LNF) avait travaillé sur le tableau de Loge au 2e grade du Rite Ecossais Rectifié, dont voici une synthèse :
"Le tableau, c’est la Loge. C’est le même qu’au 1er grade. La seule différence visible ou sensible réside dans le nom de la 2e colonne. Le candidat, lui, apprendra la signification et le rôle de la lettre G et monte l’escalier jusqu’à la 5e marche. 
Problème des 2 colonnes : La signification du nom de ces colonnes donnée par la Bible n’est pas la même que celle donnée par Régime Ecossais Rectifié qui indique au premier grade « Dieu m’a créé » (on découvre la création) et au deuxième « en Lui est ma force » où l’on propose au candidat un programme spirituel. 
Il y a lieu de distinguer les points de vue de l’archéologie et de la tradition.
Sur le plan archéologique il y a des temps ou âges des colonnes :
  • temps préhistoriques (pierres dressées liées à la divinité) ;
  • âge du bronze (colonnes creuses);
  • âge historique (livre des Rois et des chroniques).
Sur le plan traditionnel il y a les colonnes antédiluviennes et les colonnes du Temple de Salomon (avec leur dimension, leur situation, leur signification), ces dernières liées au mot du Maçon. Mais à partir du milieu XIXe siècle, cette question des colonnes est traitée avec la plus grande fantaisie. 
L’Etoile et la lettre G : à l’origine les 2 éléments sont disjoints. L’étoile, avec ou sans branches, trouve sa place au 1er grade et symbolise la lumière. La lettre G surdétermine ou renforce la signification de l’Etoile (cf. une gravure de 1742). Elle signifie Géométrie (le Dieu Géomètre des Anciens Devoirs) ou plus simplement God ou Dieu (dès les premiers rituels français). En plaçant la lettre G au centre de l’Etoile on transforme la Loge d’Apprenti en Loge de Compagnon. L’Apprenti reçoit la lumière, le Compagnon apprend que la lumière est Dieu. Ainsi la lettre G, au centre, est un guide, notion importante au RER."
Pour plus de détails, allez sur le site de la Loge...

mercredi 8 mai 2019

Lettre hospitalière n° 2

Au sein de la Loge La Céleste Amitié de la LNF, était commentée la 2e lettre hospitalière le 6 juin 1985 - reproduite ici in extenso
Mes Bien Aimés Frères, 
Nous exprimons ici notre gratitude au nom de tous ceux que nous avons pu aider l’hiver dernier. Généralement moins pénible qu’en hiver, la situation de déshérité est, d’une certaine manière plus flagrante à l’approche des beaux jours, tout particulièrement en cette fin de XXe siècle et dans pays industriels. 
La Misère, dans le Monde Moderne, a peut-être en effet quelque chose en elle, de plus fondamentalement scandaleuse encore, que dans les siècles passés, car elle subsiste et s’amplifie malgré les moyens matériels et techniques gigantesques dont nos "civilisations" sont si fières, sans être capables de régler le si grave et dramatique problème de la pauvreté. 
Il s’agit là, en fait, d’une aggravation considérable et continue, des paradoxes d’une société aberrante, qui crée d’immenses richesses, et développe une puissance colossale, avec une formidable technologie, multipliant en même temps, les richesses matérielles de l’ensemble humain et le nombre des exclus de cette prospérité. 
Quelle que soit l’explication donnée, la cohabitation de l’Opulence et de la Misère est toujours indécente. Elle l’est plus encore aujourd’hui, alors que l’Abondance présente élimine les excuses et justifications (de toutes façons inexcusables et injustifiables) de la Rareté ancienne. 
Mes Frères : Notre monde moderne règle son existence sur un certain mode de vie, lequel inclut des us et coutumes et parmi ceux-ci : les vacances. Il y a les exclus des vacances. 
Comme il y a les exclus du Confort et de la Famille, de la Santé et de la Culture, des Sentiments et de l’Amitié... toutes sortes de catégories... déshérités permanents et facultatifs, pauvres nouveaux et anciens, malades, infirmes, incurables, déprimés, désespérés, délaissés, femmes opprimées, vieillards oubliés, laissés pour compte, enfants abandonnés, enfants martyrs, handicapés physique et psychique, isolés de tous âges, etc... ... ... 
L’habitude des vacances semble inclure une autre habitude : celle d’"oublier" (individuellement ou collectivement) un grand nombre de nos frères humains, et avec eux d’ailleurs, nos frères différents animaux, nos plantes, nos pierres... rejetant toute forme de la Vie avec une égale indifférence. 
C’est là une bien mauvaise habitude, et plus précisément une habitude criminelle ; une habitude criminelle qui remet en cause notre vocation humaine et notre véritable raison d’être
Mes Chers Frères : à vous qui avez manifesté spontanément et magnifiquement votre sens social et spirituel, et qui, par là-même avez ajouté à l’acte généreux, l’exemple communicatif et bienfaisant, nous vous demandons de participer à cette nouvelle action de la Très Grande Charité Amicale Solidaire et Fraternelle des Vrais Maçons, qui désirent donner en remerciant ceux qui reçoivent, et qui, un jour donneront aussi, comme ils auront reçus
Nous savons que l’attitude hospitalière, est celle de tout maçon, le frère hospitalier n’étant qu’un substitut, et que cette action s’exprime aussi bien sur le plan de l’aide morale et matérielle envers toute souffrance humaine et non humaine que sur le plan de l’action rituelle et spirituelle de nos travaux en loges, qui constituent, avec la transmission de l’incomparable message initiatique l’exposition, au sein d’un monde défiguré et dénaturé par lui-même, d’une communauté de Frères Libres et Egaux par la Grâce de la Céleste Amitié. 
Robert de la folie
Vénérable Maître de la Céleste Amitié
Hospitalier National de la Loge Nationale Française

samedi 4 mai 2019

Règle maçonnique rectifiée : immortalité de l'âme

Dans sa Tenue du 3 juin 1991, la Loge L'Equerre - la Tradition Rectifiée n° 4 (LNF) a travaillé sur l'article II "Immortalité de l’âme" de la Règle maçonnique pour en donner quelques commentaires.

Voici l'article II "Immortalité de l’âme" :
I
Homme ! Roi du monde ! Chef-d’œuvre de la création lorsque Dieu l’anima de son souffle ! Médite ta sublime destination. Tout ce qui végète autour de toi, et n’a qu‘une vie animale, périt avec le temps, et est soumis à ton empire : ton âme immortelle seule, émanée du sein de la Divinité, survit aux choses matérielles et ne périra point. Voilà ton vrai titre de noblesse ; sens vivement ton bonheur, mais sans orgueil : il perdit ta race et te replongerait dans l’abîme. Etre dégradé ! malgré ta grandeur primitive et relative, qu’es-tu devant l’Eternel ? Adore-le dans la poussière et sépare avec soin ce principe céleste et indestructible des alliages étrangers ; cultive ton âme immortelle et perfectible, et rends-la susceptible d’être réunie à la source pure du bien, lorsqu’elle sera dégagée des vapeurs grossières de la matière. C’est ainsi que tu seras libre au milieu des fers, heureux au sein même du malheur, inébranlable au plus fort des orages et que tu mourras sans frayeur. 
II
Maçon ! Si jamais tu pouvais douter de la nature immortelle de ton âme, et de ta haute destination, l’initiation serait sans fruit pour toi ; tu cesserais d’être le fils adoptif de la sagesse, et tu serais confondu dans la foule des êtres matériels et profanes, qui tâtonnent dans les ténèbres.
Et voici les commentaires :
"&I. Ce paragraphe, écrit dans un style littéraire peu adapté à des hommes de la fin du XXe siècle, renferme pourtant des enseignements rectifiés. On y apprend la constitution intime de l’homme qui est ternaire : matériel ou corps ; vie animale ou âme ; âme immortelle ou esprit. Cette tripartition, largement oubliée aujourd’hui et réduite à la dualité corps-âme, est cependant attestée dès Saint Paul et classique dans le christianisme jusqu’au Moyen âge. L’esprit est donc l’âme immortelle émanée de la divinité. Ce principe, par un travail qui commence par l’adhésion intellectuelle et qui s’achèvera, au cours d’un cheminement spirituel, par la réalisation spirituelle, doit se séparer des alliages étrangers dans lesquels il est englué, le corps et l’âme c’est-à-dire le monde où nous sommes en exil depuis la Chute."
Pour plus de détails, allez sur le site de la Loge.

mercredi 1 mai 2019

Les 10 ans de Comprehendere Facereque

Dans sa Tenue du 16 avril 2019, la Loge Jean-Théophile Désaguliers n°1 (LNF) a commémoré avec la Loge La Rose et le Chardon n°1 (LNMF) les 10 ans du groupe Comprehendere Facereque qui travaille sur les sources du Rite Moderne Français Traditionnel. Voici un extrait de la présentation intitulée "Travaux 2009-2019 et perspectives" :

Genèse

Tout est parti de la Loge Jean-Théophile Désaguliers n° 1 de la LNF dont on dit qu'elle est le creuset du Rite  [Moderne] Français Traditionnel. Notez que ce rite n’a jamais vraiment existé en l’état car c’est une synthèse érudite et documentée de la Maçonnerie dite des Modernes, à travers ses pratiques moyennes en France dans la première moitié du XVIIIe siècle, accompagnées de quelques apports postérieurs.

L’histoire de la loge se confond avec l’histoire de la LNF et la carrière maçonnique de René Guilly qui a été l’instigateur de ce Rite à partir des année 1950. Cf. le travail de Pierre Petitjean, présenté le 10 juin 1999 dont voici la conclusion :

“Le Rite  [Moderne] Français Traditionnel est le représentant par excellence de la tradition maçonnique française. Issu d’un mouvement de recherche qui, par définition, ne s’arrête jamais, ce rite n’est pas un rite totalement fixé même s’il a acquis maintenant une certaine stabilité. Cependant notre devoir à tous est, plus que jamais, de le faire vivre, de le comprendre, de le faire connaître et aimer.”

Quelle responsabilité !

Dix ans plus tard, des jeunes Frères de la Loge, sous le regard bienveillant de ce même Passé Maître, Pierre D-SCR-T--N, ont eu l’idée de lancer un groupe de travail pour essayer de comprendre et mettre en pratique la méthode de recherche inhérente à la LNF en général et à ce Rite en particulier. L’avantage d’un petit groupe informel était d’être plus accessible qu’une Loge d'études et de recherches comme Louis de Clermont.

Le nom fut une évidence : Comprehendere Facereque. Comprendre ce que l’on fait pour bien le faire.

Quel est l’héritage sur lequel travailler ? Des centaines de pages de comptes-rendus dans des livres d’archives (ceux des Loges Jean-Théophile Désaguliers et Louis de Clermont en particulier), des centaines d’heures de Tenues enregistrées par Pierre Petitjean, des rituels et des instructions, des articles dans Renaissance Traditionnelle, des ouvrages & des dossiers à Clichy !

En effet, le Fonds René Guilly à Clichy est riche et varié. Nous avons pu le constater avec celui des grades bleus du RFT. C’était d’ailleurs très émouvant de parcourir ses notes & sa méthode à une époque où l’ordinateur n’existait pas, c’est-à-dire avec des découpes de papier collés sur chaque page, de vrais copier-coller. On trouva également un document important : la liste et codification des sources de langues anglaise et française du RFT, qui allait nous servir de guide dans ce travail.

Evidemment, on ne peut pas rentrer dans les détails ce soir, mais à titre d’exemple, un des prochains billets du Blog des Maçons Traditionnels Libres portera justement sur la méthode mise en oeuvre par René Guilly, à travers plusieurs travaux dans notre Loge en 1987, une étude comparée de 3 divulgations maçonniques françaises : Le Sceau rompu (1745), L’ordre des Francs-maçons trahi et leur secret révélé (1744) et Le Catéchisme des Francs-maçons (1744).

Travaux

Se réunissant le 2e samedi à Clichy, le groupe a connu plusieurs phases :
  • De 2009 à 2010, l'objectif a été de transcrire des sources constitutives du Rite.
  • De 2011 à 2012, la base documentaire établie jusque dans les années 1980 par René Guilly fut complétée avec l’aide précieuse de Paul Paoloni.
  • En 2014, les Instructions par demandes et réponses aux 3 grades bleus ont été annotées avec les références des sources.
  • En 2015, la conception du Rite s’est resserrée autour de ses sources Modernes fondamentales.[3]
  • De 2016 à 2018, le groupe travailla sur une version de référence des rituels pratiques du RFT selon les principes suggérés par Roger Dachez :
    • Ouverture et Clôture de la Loge Générale et de la Loge de Maîtres
    • Cérémonie de réception aux 3 grades
    • Installation du Vénérable et des Officiers
On a constaté durant ces différentes phases que trouver la bonne méthode était essentielle pour avancer correctement. On peut également noter qu’il y eut assez peu de Frères impliqués dans le projet, le groupe réunissant 6 à 7 Frères en moyenne. 

Perspectives

Etant arrivé à la fin d’un cycle fin 2018, ses membres ont essayé de prendre du recul sur son objet, sa méthode et ses futurs travaux.

Les objectifs alors reformulés se présentent ainsi :
  • fournir les rituels et instructions complets et à jour du Rite Moderne Français Traditionnel,
  • continuer et transmettre la méthode de recherche fondatrice (de la Maçonnerie Traditionnelle Libre) sur les sources de la première Maçonnerie des Modernes (jusqu’à la première moitié du XVIIIe siècle);
  • diffuser cette démarche et ses résultats de manière didactique.
L’avenir du groupe pourrait s’articuler autour des travaux suivants :
  • Mettre à jour les instructions :
    • 1ère révision (à court terme) : harmonisation des instructions par rapport au nouveau rituel (ouverture/clôture, cérémonies)
    • 2e révision (à moyen terme) : travail de fond sur les sources Early Masonic Catechisms (voir traduction de Philippe Langlet) et les divulgations françaises entre 1737 et 1751 pour mettre à jour les instructions avec un appareil critique systématique. Il est probable que les futurs rituels du RMFT bénéficieront de ce travail. Mais ceci prendra du temps.
  • Faire un inventaire des documents de René Guilly (documents de travail à Clichy et publications).
  • Établir des transcriptions éventuelles de documents de René Guilly.
  • Publier l’avancement des travaux sur le site Internet pour en faire un site de référence.
De manière pratique, le groupe sera dorénavant organisé ainsi :
  • Rencontres mensuelles toujours le 2e samedi à Clichy ouvertes à tous les membres des LNFU, invitant en priorité les Loges de tradition française;
  • Connexion à des groupes en région, comme par exemple à Bordeaux sous la direction de Pierre Petitjean. Cela sera facilité par l’usage de la visio conférence.
  • Information de l’activité du groupe auprès de toutes les Loges.
  • Déplacements en province pour partager les fruits de ces travaux.
  • Formation des membres sur les outils informatiques utilisés par le groupe."

Pour plus de détails, allez sur le site de la Loge.

dimanche 28 avril 2019

La Loge Le Vray Désir est en ligne !

La Loge Le Vray Désir lettre ד (LNF) a le plaisir de lancer son site Internet : vraydesir.fmtl.fr.
Grace au concours du Grand Archiviste de LNFU, de nombreux comptes-rendus seront régulièrement publiés.

Créée en 1983, cette Loge, ayant la particularité de travailler, le plus souvent, au quatrième et dernier grade symbolique du Régime Ecossais Rectifié, s’applique à étudier avec minutie les sources et textes fondateurs de ce Rite, autour de la personnalité de Jean-Baptiste Willermoz, qui en fut le principal ouvrier.

A titre d'exemple, voici les notes de la Tenue du 4 avril 1987 qui portait sur l'étude de l'instruction secrète des Grands Profès (1ère partie, suite), sous la direction de René Guilly.
"Avant propos 
Les références des paragraphes suivent le texte publié in Renaissance Traditionnelle n° 181-182 (janvier-avril 2016) que nous considérons comme le texte de « référence ». Ce texte, de 1778, était lu au candidat Grand Profès. La Grande Profession, classe secrète composée de C.B.C.S., était une sorte de collège, de conservatoire du rite. Les GGPP avaient pour rôle, sans se faire connaître, de guider les Frères dans leur carrière maçonnique, de rectifier... On peut attribuer ce rôle, aujourd'hui, au 4e grade du RER. La cérémonie de réception se déroulait de la façon suivante : les Frères étaient réunis en cercle. On disait une prière et on donnait la lecture intégrale du texte...

§10 
« figuraient aux apparences sensibles »L'initiation (la cérémonie), d'une certaine manière, est trompeuse, en ce sens qu'elle ne montre que des apparences, des symboles. Il faut dépasser ce stade par l'intuition.

§ 11 
« à croire en elle avec confiance » 
La foi précède la connaissance. Elle en est le chemin. 
« nature générale et particulière … agents individuels » 
Nature universelle = l'univers; nature générale = la terre; nature particulière = l'homme; l'agent individuel = l'homme 
« sentiment intime » 
C'est l'intuition, une voie de communication interne et intérieure (que l'on peut opposer au regard physique). 
« philosophes » 
Il s'agit des philosophes du mouvement sensualiste qui court de Hume à Condillac. 
« la vraie forme d'(...)un individu matériel » 
La notion de « forme », issue de la philosophie scholastique, est très délicate à comprendre. Il semble que nous entrons ici dans le domaine de l'abstraction d'où l'étude de la très importante série des nombres du RER: « 3, 6, 9, 4 ». 3 désigne la matière inorganisée (au moment de la création), 6 désigne la matière organisée (le monde temporel). Est-ce ici que l'on peut introduire la notion de forme? L'axe feu central, par les esprits ternaires, est au cœur de l'existence de la matière. 9 désigne la dissolution de la matière (figurée par le tableau à l'occident au grade de Maître). 4 désigne la lumière (la vie spirituelle, éternelle).René Le Forestier écrit dans son ouvrage sur les Elus Coëns, p. 49. « Trois ou ternaire est le type de la matière. Il représente trois substances fondamentales: soufre, sel et mercure ». P. 53 « Six ou sénaire est le nombre de la création. C'est par le sénaire que le Créateur fit sortir de sa pensée toutes les espèces d'images de formes (c'est nous qui soulignons) corporelles apparentes qui subsistent dans le cercle universel ». P. 57 « Neuf est démoniaque car il est le nombre de la matière multiplié par lui-même ». P 50 à 53 « Quatre ou quaternaire est le nombre spirituel divin dont le Créateur s'est servi pour l'émanation spirituelle de tout être vivant » (...) Nombre de l'énergie créatrice (...) Il est le nombre de « l'axe feu central » (...) qui a donné naissance (par les agents ternaires) à toutes les formes corporelles et les entretient dans cette existence. Il contribue à la perfection des formes prises par la matière indifférente, parce qu'il donne le mouvement et l'action à la forme et parce qu'il préside à tout être créé, comme étant le principal nombre d'où tout est provenu ».

§12 
« le principe universel » 
C'est la volonté de Dieu, agent universel, cause intelligente et active, le Verbe ou la Parole de l'Evangile. Les 3 facultés divines de pensée, volonté et action sont en Dieu lui-même. 
« hors de l'univers » 
La véritable réalité des êtres spirituels qui peuvent se trouver dans le monde sensible, est hors de ce monde sensible. 
« agents puissants et actifs » 
Ce sont les agents ternaires, issus de l'axe feu central, qui produisent les formes matérielles, les entretiennent dans leur existence et les dissolvent en s'en retirant (cf. Des Erreurs et de la Vérité de Louis Claude de Saint-Martin). 
« voie ténébreuse des sens » 
Ce sont les ténèbres de la matière. 
« religieux et naturels » 
La nature (qui peut être proposée ici dans le double sens de nature naturante et de nature naturée) est un moyen de remonter vers le surnaturel. 
« conservant par les initiations » 
L'initiation, c'est à la fois la mémoire imparfaite de la tradition primordiale et le moyen de remonter à cette origine spirituelle. 
« temple célèbre » 
Le Temple de Salomon est composée de 3 parties qui correspondent aux 3 parties hiérarchisée de l'homme et de l'Univers. 
« initiés » 
Ce terme se comprend ici dans la perspective sacerdotale juive.

§ 13 
« figurait (…) aux » 
Représentation symbolique qui implique une notion d'effort personnel pour parcourir le chemin spirituel. On pourrait en tirer l'idée que, dans la voie spirituelle, la place des « œuvres » est plus importante que celle de la « grâce », s'opposant ainsi au quiétisme. C'est tout la question complexe de la foi et des œuvres. 
« seconde classe » 
En 1778, puisque ce texte est de cette époque, la seconde classe c'est celle de la Grande Profession, tout récemment créée.Commentaire :A la base du RER il y a l'idée qu'il y a un être spirituel dans l'homme.La pédagogie maçonnique propose les choses (idées, symboles, doctrine) aux Frères sans chercher à les convaincre absolument. En ce sens l'initiation ne fait que donner une chance à celui qui la reçoit. Il lui faut ensuite faire des efforts seul, mais cependant entouré, aidé et aimé par ses Frères, d'où la responsabilité de ceux-ci et particulièrement des responsables des Loges « bleues ». [cf. René Guénon, Aperçus sur l'initiation, pp. 32 et 33].

§14 
« science » 
La science spirituelle, c'est le culte que les Elus-Coens (= prêtres) de Martinès de Pasqually devaient rendre à l'Eternel. Dans cette perspective la Maçonnerie est une certaine forme de culte et on peut la qualifier de voie religieuse. Si la distinction entre religion et initiation apparaît très délicate, on peut dire que la Maçonnerie est une voie complémentaire à la religion, mais une voie non nécessaire, donc un « luxe » supplémentaire.A la fin paragraphe, il y a l'idée d'une adhésion à la foi [cf. § 11].

§ 15 
« moyens physiques » 
Ce sont des moyens intermédiaires. 
« la formation, l’entretien et la fin de toutes choses temporelles » 
Il y a une allusion à la structure des 3 grades : formation = apprenti, entretien = compagnon, fin de toutes choses = maître. 
« l'homme de désir » 
C’est le cherchant pour qui la quête n'est jamais vaine. 
[...]"
La suite sur le site de la Loge.

jeudi 25 avril 2019

Esprit du Rite Moderne Français Traditionnel

En 1999, Roger Dachez présentait un travail sur "l'Esprit du Rite [Moderne] Français Traditionnel" dans la Loge Jean-Théophile Désaguliers n°1 de la LNF dont voici un extrait :
"Il y a un an, nous fêtions le 30e anniversaire de la LNF et aujourd’hui nous fêtons le 40e anniversaire de notre loge. C’est dire que cette loge a, évidemment, préexisté à la fédération qu’elle a contribué à fonder et qu’elle illustre, autant que son histoire se confond avec celle de la LNF comme on vient de nous le rappeler, la démarche générale de la fédération, c’est-à-dire son esprit. Car il y a un esprit qui a présidé à la fondation de la LNF et notre loge avec le rite qu’elle pratique en est un des plus beaux fleurons. 
La redécouverte des rites dans leur pureté originelle est un travail fondamental et exemplaire de la fédération. Ce travail a été fait pour les 3 rites que nous pratiquons mais il faut reconnaître que le travail de restitution du rite français est spécifique. En effet, il existe des textes authentiques du Régime Écossais Rectifié et du rite anglais style Émulation. Il suffisait de les reprendre et de les comprendre mais, on l’a vu, la situation du rite français était bien différente. 
En effectuant une véritable restitution du rite français les frères cherchaient, en réalité, à retrouver la tradition maçonnique française du XVIIIe siècle et son esprit le plus authentique. 
Pour procéder à ce travail plusieurs écueils étaient à éviter :
  • Le premier était de pratiquer une recherche minimum et de s’en tenir à un texte arbitrairement choisi. Ils ne manquent pas, que ce soit le texte imprimé en 1801 dans le Régulateur du Maçon, ou d’autres textes manuscrits, de 1786, de 1778 ou d’autres encore. Certains l’ont fait et il existe des loges qui travaillent au rite français de « 1778 » par exemple. C’est oublier que le rite français n’a jamais été fixé et qu’un texte unique, fut-ce le Régulateur de 1801 ne saurait prétendre résumer à lui seul cette tradition maçonnique française.
  • Le deuxième écueil était de considérer que, forts de nos recherches, de notre érudition et de notre expérience, nous en connaîtrions plus aujourd’hui que les Maçons du XVIIIe siècle, que ces derniers n’ont jamais vraiment compris ce qu’il faisaient, et que nous sommes en mesure de reconstruire un rite idéal. Cette tentation fondamentalement néfaste, celle d’une pureté originelle, est plus fréquente qu’on ne le croit.
C’est donc une troisième voie qu’ont choisi les fondateurs de la LNF, une voie, en quelque sorte intermédiaire. 
On sait que, stricto sensu, l’expression « Rite français » n’a pas de sens au XVIIIe siècle. En effet, la Maçonnerie qui est apparue en France dans les années 1720 s’est développée en toute liberté, dans un grand foisonnement et en l’absence de tout contrôle obédientiel, la fondation du GODF remontant à 1773. A cet égard, on peut estimer que le développement de la franc-maçonnerie française exprime, à sa manière, une certaine forme du génie français : une très grande diversité, une indéniable capacité d’innovation, et aussi une certaine tendance à la complexité avec l’apparition de nombreux hauts grades. 
Ainsi, au milieu du XXe siècle, se lancer dans la découverte de la tradition maçonnique française n’était pas chose facile d’autant qu’il existait très peu de travaux antérieurs. Peu à peu, en retrouvant les sources, c’est-à-dire les plus anciens textes, il fut possible de construire quelque chose d’assez fidèle à l’esprit de la tradition maçonnique française du XVIIIe siècle et de restituer l’ensemble des usages dûment attestés de cette maçonnerie. Ce faisant, on obtint quelque chose d’extraordinairement fascinant mais lourd et complexe. Le « Rite Français » était devenu une sorte de « cathédrale gothique » de la Maçonnerie : tous les éléments qui le constituaient étaient absolument authentiques mais l’ensemble ainsi formé n’avait probablement jamais existé en tant que tel.
C’est au cours des années 1980 que l’on entreprit d’épurer les textes pour ramener le rite aux dimensions d’une « humble chapelle romane ». Il s’agissait de retrouver le nucleus fondamental de la tradition maçonnique française, c’est-à-dire les usages essentiels, constants et indispensables attestés en tant que tels au XVIIIe siècle. Cette « cure d’amaigrissement » des rituels eut l’avantage de dégager des significations certes moins nombreuses mais plus fondamentales et finalement plus riches. C’est l’état du rite français traditionnel aujourd’hui. En remplaçant le mot « rétabli » par « traditionnel » on a voulu signifier qu’il ne s’agissait pas de rétablir un rite qui n’a sans doute jamais été pratiqué comme nous le faisons aujourd’hui, mais qu’il s’agissait de retrouver, de connaître, de vivre et de transmettre les valeurs essentielles de la tradition maçonnique française. 
Le Rite Français Traditionnel est donc :
  1. Un rite sobre, voire austère, mais simple, témoignant d’usages anciens moins « bavards » que la maçonnerie d’aujourd’hui, usages qui incitent plus à la réflexion et à la méditation.
  2. Un rite qui s’inscrit dans la tradition chrétienne dont il véhicule les valeurs. Il est précisé que le GADLU est Dieu et que les obligations sont prises sur l’Évangile de Saint-Jean.
  3. Un rite qui met en valeur notre tradition maçonnique nationale, qui correspond à notre histoire et à notre culture. C’est notre manière de participer à l’universalisme maçonnique.
Le RFT est un rite qui évoluera encore puisque, par définition, la recherche des sources fera encore resurgir des éléments nouveaux pour le moment inconnus. Notre compréhension du rite en sera modifiée et s’améliorera et, s’il le faut, nous intégrerons ces nouveaux éléments. C’est ainsi que nous continuerons à faire revivre et vivre cette tradition, notre tradition, la tradition tout simplement."
Plus de détails sur le site de la Loge...

dimanche 21 avril 2019

Conférence Internationale d'Histoire de la Franc-Maçonnerie

La IIIe Conférence Internationale d’Histoire de la franc-maçonnerie et des organisations fraternelles se tiendra à la Bibliothèque nationale de France, les vendredi 14 juin et samedi 15 juin 2019, sur le thème : "1000 Degrees: Constructing Fraternal Rites" (Des rites pour construire la fraternité).

Plusieurs membres des LNFU interviendront lors cette 3e édition organisée par Policy Studies Organisation (Washington) et le Musée de la franc-maçonnerie (Paris).

Un des organisateurs français de cet événement, Pierre Mollier, en donne un aperçu sur le blog Hiram.be dont voici un extrait :
"C’est la Grande Loge d’Écosse qui avait lancé ces grandes rencontres de la recherche maçonnique. Les premières International Conferences on the History of Freemasonry (ICHF) avaient eu lieu à Edimbourg en 2007, 2009 et 2011. Après la réussite de ces trois manifestations, les Écossais avaient souhaité passer le relais à d’autres au regard de l’ampleur de la tâche. Après une période de flottement, c’est finalement Paris qui accueillit en 2015 la manifestation, rebaptisée pour l’occasion World Conference on the History of Freemasonry, dans le cadre prestigieux de la Bibliothèque nationale qui préparait alors sa grande exposition sur la franc-maçonnerie. La manifestation était prise en charge par la fondation académique américaine Policy Studies Organisation en association avec le Musée de la franc-maçonnerie
Devant le succès, le principe s’est institutionnalisé et la BnF sera donc à nouveau le carrefour de la recherche maçonnique les 14 et 15 juin prochain. Sous l’intitulé « Des rites pour construire la fraternité » le thème de cette année est sur les rituels, leurs sources et leur histoire. Comme dans les précédentes éditions, le principal intérêt de la manifestation réside dans la présence d’historiens maçonniques de tous les pays… dont quelques « stars » du domaine ! 
Ainsi, la conférence inaugurale du vendredi matin sera présentée par Andrew Prescott. Celui-ci nous proposera un bilan des débats, hypothèses… et controverses à propos de la création de la première Grande Loge en 1717… ou 1721. Andrew Prescott a été un des principaux intervenants des travaux novateurs conduits en 2017 pour le présumé tricentenaire de la franc-maçonnerie spéculative moderne. Avec maintenant deux années de recul, son analyse de cet épisode fondateur promet d’être passionnante. 
Signalons aussi la table ronde organisée le samedi après-midi par la revue américaine Heredom sur la genèse du Rite Écossais Ancien et Accepté aux États-Unis. Brent Morris y présentera une communication sur les Députés Inspecteurs Généraux en Amérique à la fin du XVIIIe siècle, ils ont été près d’une soixantaine ! Joe Wages reviendra sur ce document qui paraît toujours plus important : le manuscrit Baylot. Mais on pourra aussi y apprécier de nombreux autres sujets comme ces découvertes relatives à l’initiation de Cagliostro que nous relatera Reinhard Markner…"

Notez que l'inscription est gratuite mais obligatoire.
Voici le programme complet :

Jeudi 13 juin

14h30-17h Workshop
Sur invitation
Bibliothèque du Grand Orient de France
16, rue Cadet -75009 Paris (Métro Cadet)
Translation French-English/English-French : Jean-Pierre Gonet

Les matériaux de l’histoire des grades/Sources of degrees history

Paul Rich
Introduction

Pierre Mollier
Comment appréhender et étudier les manuscrits anciens de rituels 

Joe Wages
The Early Scot Masters: Which Manuscripts?

Jean-Pierre Gonet
Translating and Editing the Sharp Documents: A New Franco-American Project

Dominique Jardin
Les apports de l’iconographie dans l’étude des rituels maçonniques anciens

François Gruson
La presentation des Temples dans les manuscrits anciens de hauts grades

Vendredi 14 juin

BnF Grand Auditorium

9:30-11:00. Plenary
Greetings and Introduction of Opening Plenary Panel by Paul Rich, Guillermo De Los Reyes and Pierre Mollier, Conference Co-Chairs

Andrew Prescott
The Origins of Freemasonry and the Invention of Tradition: New Perspectives

11:00-11:20. Coffee Break in foyer.

11:20-13:00
Thomas Fressin
Les compagnies des nobles jeux de l'arc, de l'arbalète et de l'arquebuse : des sociétés urbaines initiatiques, fraternelles et privilégiées  

Francis Delon et Yonnel Ghernaouti
Une société para-compagnonnique dans la France de la fin du XXe siècle

13:00-14:00. Lunch Break. 

14:00-16:00. 
Une table ronde organisée par Renaissance Traditionnelle

Sources et histoire du "Maître Ecossais"

Pierre Mollier
Les origines de la légende de la Voûte 

Paul Paoloni
Les premiers Maîtres Ecossais et les débuts des hauts grades

Reinhard Markner
The 1745 Berlin Scots Master Catechism: Context and Significance

Roger Dachez
Le grade d'Ecossais dans les différents rites maçonniques (RF, RER, REAA etc.)

16:00-16:30. Coffee Break in foyer

16:30-17:30.
Samuel Macaigne 
Du mythe au rite : Fabré-Palaprat et l'Ordre du Temple


BnF Petit Auditorium

11:20-13:00
Mike Ford
"In diesen heil’gen Hallen?" Debates around Freemasonry in the Music of Mozart’s Die Zauberflöte

Reinhard Markner
Cagliostro's Initiation: His 1777 Grand Lodge Certificate Rediscovered

13:00-14:00. Lunch Break. 

14:00-16:00. 
Patrick-André Chéné
L'Ordre du Pacificateur Américain, Chevalier, Prince du Tropique

Pierre-Henri Landrieau
Les degrés du Tabernacle, marqueurs de l'évolution des Tuileurs

Francis Delon et Yonnel Ghernaouti
Être membre de l’Ordre DeMolay dans les bases américaines de l’OTAN

16:00-16:30. Coffee Break in foyer

16:30-17:30.
Rogelio Aragon
Monstres d’irreligion et libertinage” : une loge française à Mexico dans les années 1790  

Samedi 15 juin

BnF Grand Auditorium


Table ronde organisée par l'Aréopage de Recherche «Sources»

Sources et histoire du grade de Chevalier Kadosh

9:30-11:00.
Jean-Marie Mercier 
De l'apparition d'un proto-Kadosch à la fixation d'un grade à connotation templière ou la ''malédiction'' d'un nec plus ultra maçonnique ayant suscité fascination et détestation

Henri Lombard
L'imaginaire du chevalier Kadosch

Guy Giraud
La gestuelle du chevalier Kadosch

11:00-11:20. Coffee Break in foyer.

11:20-13:00
Jean-Luc Lebras
L'échelle du Kadosh dans tous ses états - Esquisse d'une typologie de sa représentation dans une quarantaine de rituels, entre 1750 et 1805

Bernard Pateyron
Etude lexicographique du corpus des rituels de chevalier Kadosch

13:00-14:00. Lunch Break. 

14:00-16:00. 
Round table organized by Heredom. Chair: Dr. Wallace Boston, President of the American Public University System

Scottish Masonry in US before the Scottish Rite

Joseph Wages
Etienne Morin and the Baylot Manuscript

François Gruson
Hauts grades et stylistique architecturale dans le manuscrit Francken

Brent Morris
1768-1801: The Deputy Inspectors General of the Order of the Royal Secret in US, who they are, what they did 

Pierre Mollier
Deux Députés Inspecteurs Généraux français -... ou presque - aux Etats-Unis: Augustin Prevost et Pierre Le Barbier Duplessis

16:00-16:30. Coffee Break in foyer

16:30-17:30.
Dominique Jardin
Les hauts grades en France vers 1780 à travers leur iconographie : les 80 planches d'un étonnant proto-tuileur

17:30 Conclusions de la IIIe Conférence internationale d’histoire de la franc-maçonnerie par Brent Morris

18:00 End of the conference 

BnF Petit Auditorium

9:30-11:00.
Paul Rich
Masonic Discrimination Against Ethnic, Gender, and Religious Groups: Fraternity without Brotherhood?

Sylvia Hottinger
Belen de Sarraga (1879-1950)

Françoise Moreillon
1958 : Du Rite d'Adoption au Rite Écossais, un moment-clef dans l'histoire de la Grande Loge Féminine de France

11:00-11:20. Coffee Break in foyer.

11:20-12:00
Aymeric Le Delliou 
Philippe Buchez et Saint-Amand Bazard dans les années 1820, l'utilisation politique des organisations rituelles et ses limites : Les amis de la Vérité, la Charbonnerie française, le Saint-Simonisme...

13:00-14:00. Lunch Break. 

14:00-16:00. 
Emanuela Locci
History of the Grand Orient of Italy

Michael Coughlin
From Mythos to Logos: Andrea Palladio, Freemasonry and the Triumph of Minerva

Henri Lombard
The Splendid Feasts of Scottish Rite Grades (AASR)

16:00-16:30. Coffee Break in foyer

16:30-17:30.
Joseph P. Garske
Fraternal Oath and Global Governance: How a Medieval Practice Has Survived Into the Twenty-First Century Rule of Law

18:00-19/00h
Cocktail / Farewell toast
Rencontres et échanges entre les participants et les intervenants

vendredi 19 avril 2019

Etude comparée de 3 divulgations maçonniques françaises

Afin d'illustrer la méthode de recherche scientifique développée au sein des LNFU en général et de la Loge Jean-Théophile Désaguliers n°1 en particulier, nous publions cette étude menée sous la direction de René Guilly fondateur du Rite Moderne Français Traditionnel.

Voici la première partie correspondant à la Tenue du 15 janvier 1987
1. Demande : Quel est le premier soin du Maçon ?
Réponse : C’est de voir si la Loge est couverte.
 
Cf. Le Catéchisme des Francs-maçons : 7e demande. Sur la « couverture » de la Loge : Cf. Ms d’Edimbourg (1696) et Sloane 8e demande. 
2. D. D’où venez-vous ?
R. De la Loge Saint-Jean.
3. D. Quelle recommandation nous apportez-vous ?
R. Bon accueil aux Frères & Compagnons de cette Loge.
4. D. N’apportez-vous rien de plus ?
R. Le Vénérable Maître de la Loge Saint-Jean vous salue par trois fois.
 
Sur la Loge de Saint-Jean et la triple salutation dite « Salutation de l’étranger », c’est-à-dire des visiteurs, Cf. Ms d’Edimbourg et Les Ordonnances de Torgau (1462) faisant suite aux Statuts de Ratisbonne, règle 107 (1459). Ces textes allemands pourraient suggérer des contacts anciens entre l’Allemagne et l’Angleterre.
La « Salutation de l’étranger » serait une clef qui donne l’entrée de la loge. On peut la comparer au Mot du Maçon qui a le même usage. 
Le Mot du Maçon formé de 2 mots, aujourd’hui réparti sur les 2 premiers grades, nous rappelle un état ancien où le grade d’apprentif-compagnon ne formait qu’un tout. S’il y avait bien 2 cérémonies, elles étaient délivrées le même jour. Au début du XVIIIe siècle, avec l’apparition d’un 3e grade, cette pratique, directement issue des origines opératives de la Maçonnerie, disparaît. Or le Mot du maçon ne prend véritablement son sens que lorsque les 2 mots qui le composent sont réunis.
Notons l’association ternaire suivante :

  • VM - Sagesse
  • 1er S. – Force - Jakhin
  • 2eS. – Beauté - Boaz 
5. D. Que venez-vous faire ici ?
R. Vaincre mes passions, soumettre mes volontés, & faire de nouveaux progrès dans la Maçonnerie.
 
Cf. Masonry Dissected de Samuel Prichard (1730).
Et voici la suite lors de la Tenue du 18 juin 1987 :
6. D. Etes-vous Maçon ?
R. Mes Frères & Compagnons me reconnoissent pour tel.
 
On trouve cette question avec la réponse « Oui, je le suis » dans la « Synthèse Ecossaise » dès 1696 et les textes ultérieurs. La réponse complète se trouve dans le Wilkinson (circa 1727) et la divulgation de Prichard (1730). Remarquons l’expression : « Frères et Compagnons ». Elle se trouve dans le Chant des Apprentis de Jean-Christophe Naudot (1690-1762) publié en 1737. Sans doute faut-il voir ici une allusion au grade d’« Apprentif-Compagnon ». 
7. D. A quoi connaîtrai-je que vous êtes Maçon ?
R. A mes signes & mes marques, & au point parfait de mon entrée.
 
Le Catéchisme de Travenol donne comme réponse : « Au signe, attouchement et à la parole ». Cette séquence est dans un ordre logique et pratique : le signe peut se faire à distance, l’attouchement de plus près et la parole donnée à l’oreille, de très près.
La réponse donnée dans le Sceau se trouve dans le Wilkinson, et peut-être antérieurement : il faudrait chercher dans un texte de 1711. 
Il y a lieu de distinguer « signes » au pluriel de « signe » au singulier. Les « signes » au pluriel sont détaillés dans la demande et réponse suivante (n° 8) : ce sont l’Equerre, le Niveau et la Perpendiculaire. Le « signe » au singulier, dont la source se trouve dans la Synthèse Ecossaise de 1696, fait référence au premier point parfait de l’entrée (Cf. Demandes et réponses 10 à 12). 
Marque et attouchement : le mot anglais qui désigne l’attouchement pourrait, dans un sens ancien, signifier aussi « marque ». Néanmoins il existe un mot anglais « mark » pour désigner une marque tandis que le mot « token » qui désigne l’attouchement peut aussi signifier « code ». L’attouchement se donne lors de la poignée de main, en anglais « grip » (à ne pas confondre avec la notion française de « griffe », poignée de main qui se donne au grade de Maître), et il peut alors être assimilé, lors de la pression que l’on donne, à une marque. 
Plus tardivement, vers 1730, on ajoutera à la réponse « et aux circonstances de ma réception », ce qui ouvrira la porte sur la description de la réception. 
8 D. Quels sont les signes des Maçons ?
R.. L’Equerre, le Niveau et la Perpendiculaire.
 
La source de ce ternaire remonte aux années 1727-1730 ce qui dénote un rapport entre Le Sceau rompu, le Wilkinson et Prichard. L’Equerre, seule, se trouve dans le Sloane (1700) comme signe de reconnaissance (dans ce manuscrit, elle est une lumière et le moyen de prêter serment). C’est une clef fondamentale dans la maçonnerie opérative. Ce n’est qu’en 1727 que la Grande Loge de Londres décide d’attribuer les bijoux de la façon suivante : l’Equerre au Vénérable Maître, le Niveau au 1er Surveillant et la Perpendiculaire au 2è Surveillant. 
9 D. Quelles sont les marques ?
R. Certains attouchements réguliers que l’on se donne entre Frères.
 
L’expression « certaines poignées de main » se trouve dès les années 1727-1730. Ainsi, on peut dire que la maçonnerie spéculative actuelle se trouve constituée au cours de ces années là et que la maçonnerie spéculative française, issue de celle des îles britanniques, est en gestation et constitution à Londres dans les années 1720. 
10 D. Donnez-moi le point parfait d’entrée.
R. Donnez-moi le premier, je vous donnerai le second.
11 D. Je garde ?
R. Je cache.
12 D. Que cachez-vous ?
R. Les signes des maçons et de la Maçonnerie.
 
L’expression « Donnez-moi le premier, je vous donnerai le second » s’applique donc ici au point parfait d’entrée et non au Mot du Maçon comme cela sera le cas à partir de 1730, date à laquelle cette dernière innovation entre en scène, exemple même d’une dérivation maçonnique. 
« Je garde ? » est une référence directe au serment et établit un rapport entre l’idée d’une pénalité et le point d’entrée. On trouve cette liaison dès 1696 et le manuscrit Sloane, D. 3. 
On remarque qu’une parfaite cohérence se dégage des D. 7 (« mes signes et mes marques et au point parfait de mon entrée ») qui sont secrets et permettent de reconnaître un Maçon, 10 « le point parfait de l’entrée » en rapport avec l’idée de secret « je garde, je cache », 12 « que cachez-vous ? » les secrets tels les signes des Maçons (retour à D.7) 
Deux notions sont à retenir lors de l’Entrée du profane : on désigne sa nouvelle qualité et on lui donne un dépôt à conserver. Le rite de l’Entré est donc très important puisque le profane y reçoit tout ce qu’il y a de fondamental, en une seule fois. Sous cette forme, ce rite a des origines écossaises. On peut également établir des relations avec le compagnonnage français ainsi qu’avec l’Allemagne (cf. D.2 et suiv.), ce qui constituerait un tronc opératif commun. 
D&R 13 à 16
«- Où avez-vous été reçu Maçon ?
-Dans une Loge juste et parfaite.
-Qui compose cette Loge ?
-3, 5 & 7 : savoir, un Maître Vénérable, 2 Surveillants, 2 Compagnons et 2 apprentifs.
-Qui la forme ?
-5, qui sont un Vénérable Maître, 2 Surveillants, 1 Compagnon et 1 apprentif.
 -Qui la gouverne ?
-3, un Vénérable Maître et 2 Surveillants. »
 
La trilogie 3, 5, 7 est une notion récente des années 1730. Ici encore on remarque le travail d’élaboration de la Maçonnerie spéculative anglaise, comme on vient de le voir à l’instant, dans les années 1720. A un certain moment le système se fige et devient universel. 
A propos de la formation et du gouvernement de la Loge notons qu’en 1717, à Londres, la Loge est formée de 3 officiers (Vénérable Maître ; 1er et 2e Surveillants) hiérarchisés (cf. D. 8). En 1760, les « Anciens », principalement Irlandais mettent les 3 grands Maîtres de la Loge sur un plan d’égalité. Il ya donc un divorce anglais/irlandais sur la situation des 3 officiers et c’est un problème fondamental. 
La composition de la Loge en 3, 5, 7 est reprise dans L’Ordre des Francs-maçons trahis (1744-5). Sur les origines de cette composition qui a connu des variations (cf. Sloane, op. cit., D. 5) il semble que le débat s’est cristallisé autour de 1724/5 sur 5 et 7 (le 3 étant déjà  en place dès 1717 dans la Maçonnerie anglaise) dans des textes irlandais, donc archéo-anglais, qui auraient pu servir de relais à la Maçonnerie française..
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