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vendredi 9 septembre 2022

Renaissance Traditionnelle n° 201-202 : René Guilly

Le dernier n° 201-202 de Renaissance Traditionnelle intitulé "René Guilly (1921-1992) En quête des « vraies richesses » de la franc-maçonnerie" vient de paraître !

Voici l'édito du Rédacteur en chef, Pierre Mollier :

1970-2020, cinquante ans de Renaissance Traditionnelle ! Franchir la barre des deux cents numéros est une étape pour une revue, surtout quand elle s’est fixé un objet aussi particulier – faire « mieux comprendre et mieux aimer la tradition maçonnique dans sa double dimension historique et spirituelle » – et qu’elle s’adresse, par nature, à un public assez restreint. Pourtant, c’est moins le millésime que nous célébrons avec ce numéro 201-202 que son fondateur René Guilly (1921-1992) dont l’année 2021 a marqué le centenaire de la naissance et qui a rejoint l’Orient éternel il y a
maintenant trente ans. « Trente ans après », il est toujours aussi présent dans ces pages. Nous partageons encore la conception de l’Ordre qu’il s’est forgée au cours d’une vie de pratique et d’étude. Nous mettons toujours en œuvre la méthode qu’il a développée pour mieux cerner les « vraies richesses » de la tradition maçonnique. Une bonne partie des animateurs de notre revue reste constituée de Maçons qui l’ont connu et accompagné dans cette quête, c’est peu de dire qu’ils en ont été durablement marqués. Arrivés à leur tour à l’âge de la maturité, ils ont voulu en savoir un peu plus sur cet homme à qui ils devaient tant.


Notre fondateur a eu plusieurs vies. L’un des apports de ce numéro est la belle étude de Pierre Lachkareff sur sa jeunesse et son engagement dans le Paris culturel et artistique de l’Après-guerre. On découvre un René Guilly familier de Raymond Queneau et Boris Vian, qui travaille avec Dubuffet, polémique avec Antonin Artaud ou découvre Georges Mathieu. Nous nous sommes bien sûr focalisés sur sa vie maçonnique. Paul Paoloni nous retrace un itinéraire et les questionnements qui le menèrent d’une loge historique – La Clémente Amitié –, typique du Grand Orient de France de cette époque, vers d’autres horizons maçonniques. De ses débuts dans une Maçonnerie des années 1950 en reconstruction, il garda de solides amitiés comme celles, qui pourraient étonner, qu’il entretint avec Francis Viaud ou Fred Zeller. D’autres horizons, au-delà même des frontières – nationales ou maçonniques –, puisque René Guilly eut de nombreux échanges avec des érudits maçonniques britanniques comme nous le raconte Bernard Dat et qu’il fut aussi membre d’une loge « régulière » allemande. Enfin, Roger Dachez nous éclaire sur le contexte dans lequel se formèrent ses conceptions maçonniques.

Certains ressentent des affinités profondes entre esthétique et spiritualité. C’est peut-être la clef du chemin de René Guilly dans ce monde. Art de son temps, « Art royal », restauration d’œuvres d’art… « L’art c’est toute ma vie » répondait-il à une amicale mise en demeure d’un vieux complice, Robert Amadou, c’est sans doute beaucoup plus qu’une boutade.

Une question demeure cependant. Pourquoi, après avoir consacré, pendant près de quinze ans, le meilleur de sa jeunesse et de son énergie à l’art de son temps et à ses débats alors les plus actuels, après avoir fréquenté intimement certains de ses acteurs les plus importants ; pourquoi, au milieu des années 1950, René Guilly se retire finalement de ces enjeux pour s’investir dans l’étude de l’art ancien et se vouer à une quête de Renaissance Traditionnelle.

Ce numéro double est disponible sur le site de Renaissance Traditionnelle !

vendredi 19 avril 2019

Etude comparée de 3 divulgations maçonniques françaises

Afin d'illustrer la méthode de recherche scientifique développée au sein des LNFU en général et de la Loge Jean-Théophile Désaguliers n°1 en particulier, nous publions cette étude menée sous la direction de René Guilly fondateur du Rite Moderne Français Traditionnel.

Voici la première partie correspondant à la Tenue du 15 janvier 1987 : 
1. Demande : Quel est le premier soin du Maçon ?
Réponse : C’est de voir si la Loge est couverte.
 
Cf. Le Catéchisme des Francs-maçons : 7e demande. Sur la « couverture » de la Loge : Cf. Ms d’Edimbourg (1696) et Sloane 8e demande. 
2. D. D’où venez-vous ?
R. De la Loge Saint-Jean.
3. D. Quelle recommandation nous apportez-vous ?
R. Bon accueil aux Frères & Compagnons de cette Loge.
4. D. N’apportez-vous rien de plus ?
R. Le Vénérable Maître de la Loge Saint-Jean vous salue par trois fois.
 
Sur la Loge de Saint-Jean et la triple salutation dite « Salutation de l’étranger », c’est-à-dire des visiteurs, Cf. Ms d’Edimbourg et Les Ordonnances de Torgau (1462) faisant suite aux Statuts de Ratisbonne, règle 107 (1459). Ces textes allemands pourraient suggérer des contacts anciens entre l’Allemagne et l’Angleterre.
La « Salutation de l’étranger » serait une clef qui donne l’entrée de la loge. On peut la comparer au Mot du Maçon qui a le même usage. 
Le Mot du Maçon formé de 2 mots, aujourd’hui réparti sur les 2 premiers grades, nous rappelle un état ancien où le grade d’apprentif-compagnon ne formait qu’un tout. S’il y avait bien 2 cérémonies, elles étaient délivrées le même jour. Au début du XVIIIe siècle, avec l’apparition d’un 3e grade, cette pratique, directement issue des origines opératives de la Maçonnerie, disparaît. Or le Mot du maçon ne prend véritablement son sens que lorsque les 2 mots qui le composent sont réunis.
Notons l’association ternaire suivante :

  • VM - Sagesse
  • 1er S. – Force - Jakhin
  • 2eS. – Beauté - Boaz 
5. D. Que venez-vous faire ici ?
R. Vaincre mes passions, soumettre mes volontés, & faire de nouveaux progrès dans la Maçonnerie.
 
Cf. Masonry Dissected de Samuel Prichard (1730).
Et voici la suite lors de la Tenue du 18 juin 1987 :
6. D. Etes-vous Maçon ?
R. Mes Frères & Compagnons me reconnoissent pour tel.
 
On trouve cette question avec la réponse « Oui, je le suis » dans la « Synthèse Ecossaise » dès 1696 et les textes ultérieurs. La réponse complète se trouve dans le Wilkinson (circa 1727) et la divulgation de Prichard (1730). Remarquons l’expression : « Frères et Compagnons ». Elle se trouve dans le Chant des Apprentis de Jean-Christophe Naudot (1690-1762) publié en 1737. Sans doute faut-il voir ici une allusion au grade d’« Apprentif-Compagnon ». 
7. D. A quoi connaîtrai-je que vous êtes Maçon ?
R. A mes signes & mes marques, & au point parfait de mon entrée.
 
Le Catéchisme de Travenol donne comme réponse : « Au signe, attouchement et à la parole ». Cette séquence est dans un ordre logique et pratique : le signe peut se faire à distance, l’attouchement de plus près et la parole donnée à l’oreille, de très près.
La réponse donnée dans le Sceau se trouve dans le Wilkinson, et peut-être antérieurement : il faudrait chercher dans un texte de 1711. 
Il y a lieu de distinguer « signes » au pluriel de « signe » au singulier. Les « signes » au pluriel sont détaillés dans la demande et réponse suivante (n° 8) : ce sont l’Equerre, le Niveau et la Perpendiculaire. Le « signe » au singulier, dont la source se trouve dans la Synthèse Ecossaise de 1696, fait référence au premier point parfait de l’entrée (Cf. Demandes et réponses 10 à 12). 
Marque et attouchement : le mot anglais qui désigne l’attouchement pourrait, dans un sens ancien, signifier aussi « marque ». Néanmoins il existe un mot anglais « mark » pour désigner une marque tandis que le mot « token » qui désigne l’attouchement peut aussi signifier « code ». L’attouchement se donne lors de la poignée de main, en anglais « grip » (à ne pas confondre avec la notion française de « griffe », poignée de main qui se donne au grade de Maître), et il peut alors être assimilé, lors de la pression que l’on donne, à une marque. 
Plus tardivement, vers 1730, on ajoutera à la réponse « et aux circonstances de ma réception », ce qui ouvrira la porte sur la description de la réception. 
8 D. Quels sont les signes des Maçons ?
R.. L’Equerre, le Niveau et la Perpendiculaire.
 
La source de ce ternaire remonte aux années 1727-1730 ce qui dénote un rapport entre Le Sceau rompu, le Wilkinson et Prichard. L’Equerre, seule, se trouve dans le Sloane (1700) comme signe de reconnaissance (dans ce manuscrit, elle est une lumière et le moyen de prêter serment). C’est une clef fondamentale dans la maçonnerie opérative. Ce n’est qu’en 1727 que la Grande Loge de Londres décide d’attribuer les bijoux de la façon suivante : l’Equerre au Vénérable Maître, le Niveau au 1er Surveillant et la Perpendiculaire au 2è Surveillant. 
9 D. Quelles sont les marques ?
R. Certains attouchements réguliers que l’on se donne entre Frères.
 
L’expression « certaines poignées de main » se trouve dès les années 1727-1730. Ainsi, on peut dire que la maçonnerie spéculative actuelle se trouve constituée au cours de ces années là et que la maçonnerie spéculative française, issue de celle des îles britanniques, est en gestation et constitution à Londres dans les années 1720. 
10 D. Donnez-moi le point parfait d’entrée.
R. Donnez-moi le premier, je vous donnerai le second.
11 D. Je garde ?
R. Je cache.
12 D. Que cachez-vous ?
R. Les signes des maçons et de la Maçonnerie.
 
L’expression « Donnez-moi le premier, je vous donnerai le second » s’applique donc ici au point parfait d’entrée et non au Mot du Maçon comme cela sera le cas à partir de 1730, date à laquelle cette dernière innovation entre en scène, exemple même d’une dérivation maçonnique. 
« Je garde ? » est une référence directe au serment et établit un rapport entre l’idée d’une pénalité et le point d’entrée. On trouve cette liaison dès 1696 et le manuscrit Sloane, D. 3. 
On remarque qu’une parfaite cohérence se dégage des D. 7 (« mes signes et mes marques et au point parfait de mon entrée ») qui sont secrets et permettent de reconnaître un Maçon, 10 « le point parfait de l’entrée » en rapport avec l’idée de secret « je garde, je cache », 12 « que cachez-vous ? » les secrets tels les signes des Maçons (retour à D.7) 
Deux notions sont à retenir lors de l’Entrée du profane : on désigne sa nouvelle qualité et on lui donne un dépôt à conserver. Le rite de l’Entré est donc très important puisque le profane y reçoit tout ce qu’il y a de fondamental, en une seule fois. Sous cette forme, ce rite a des origines écossaises. On peut également établir des relations avec le compagnonnage français ainsi qu’avec l’Allemagne (cf. D.2 et suiv.), ce qui constituerait un tronc opératif commun. 
D&R 13 à 16
«- Où avez-vous été reçu Maçon ?
-Dans une Loge juste et parfaite.
-Qui compose cette Loge ?
-3, 5 & 7 : savoir, un Maître Vénérable, 2 Surveillants, 2 Compagnons et 2 apprentifs.
-Qui la forme ?
-5, qui sont un Vénérable Maître, 2 Surveillants, 1 Compagnon et 1 apprentif.
 -Qui la gouverne ?
-3, un Vénérable Maître et 2 Surveillants. »
 
La trilogie 3, 5, 7 est une notion récente des années 1730. Ici encore on remarque le travail d’élaboration de la Maçonnerie spéculative anglaise, comme on vient de le voir à l’instant, dans les années 1720. A un certain moment le système se fige et devient universel. 
A propos de la formation et du gouvernement de la Loge notons qu’en 1717, à Londres, la Loge est formée de 3 officiers (Vénérable Maître ; 1er et 2e Surveillants) hiérarchisés (cf. D. 8). En 1760, les « Anciens », principalement Irlandais mettent les 3 grands Maîtres de la Loge sur un plan d’égalité. Il ya donc un divorce anglais/irlandais sur la situation des 3 officiers et c’est un problème fondamental. 
La composition de la Loge en 3, 5, 7 est reprise dans L’Ordre des Francs-maçons trahis (1744-5). Sur les origines de cette composition qui a connu des variations (cf. Sloane, op. cit., D. 5) il semble que le débat s’est cristallisé autour de 1724/5 sur 5 et 7 (le 3 étant déjà  en place dès 1717 dans la Maçonnerie anglaise) dans des textes irlandais, donc archéo-anglais, qui auraient pu servir de relais à la Maçonnerie française..
Pour plus d'informations :

dimanche 17 mars 2019

Etude de l’article RT sur le Serment du 1er grade

La Loge L'Anglaise n° 6 des LNFU vient de publier son premier travail dédié à une étude d'un article de René Guilly paru dans le premier numéro de la revue Renaissance Traditionnelle sur le Serment : "Notes sur le Serment Maçonnique du premier grade".
Un nouvel Apprenti de cette Loge vient d'en donner sa synthèse dont voici un extrait :
Le serment et la maçonnerie opérative 
Plongeons-nous alors au Moyen-Age, la maçonnerie opérative est à son apogée. À cette époque, les enjeux sont importants : on parle ici d’une maçonnerie de pierre taillées (et non pas sèches) qui a vocation à entreprendre des ouvrages d’envergure. Le choix et la  qualification des hommes qui y procéderont sont alors primordiaux.
Comment alors, un homme du métier, un maçon émérite, pourrait-il prouver ses compétences à un Maître ? Comment montrer que son apprentissage est réussi et qu’il n’est pas un simple « cowan », un ouvrier ? Par le « Mot » du maçon.
En effet, par la prononciation du « Mot », le maçon, prouve alors qu’il a toutes les qualifications requises pour le poste. On peut y voir quelque part l’ancêtre du diplôme, longtemps avant que l’écriture ne soit répandue. 
S’en suit alors la seconde interrogation : comment prendre connaissance de ce mot ?
L’obtention du Mot est conditionnée à la prestation de serment. Ce dernier vient préserver la communication dudit Mot. C’est là une notion fondamentale : si ce Mot du Maçon était révélé à quiconque n'appartenant pas au métier, il pourrait donc prétendre indûment à ces qualifications. De ce fait, la profession serait biaisée et les vrais maçons seraient alors victimes d'une dévalorisation leur savoir-faire et de leur métier.
Le serment était alors considéré comme le moyen le plus sûr de protéger le Mot, donc la profession elle-même et ses membres. 
C’est précisément cette dynamique que l’on retrouve au sein des “old charges” de la maçonnerie. Après avoir étudié et comparé le Manuscrit des Archives d’Edimbourg de 1696, le Manuscrit Chetwode Crawley de 1700 et le Manuscrit Kevan dont la rédaction est estimée entre 1714 et 1720, René Désaguliers a pu établir le serment probablement pratiqué en  Ecosse entre 1696 et 1714. 
La dynamique de ce serment est alors la même que celle présentée précédemment. L’objectif principal du serment n’est autre que la communication du Mot du Maçon. 
C’est à compter du Manuscrit de Graham en 1626 que l’on note une évolution majeure : le serment n’a plus vocation à permettre la communication du Mot, mais bien des “Secrets des maçons”. le serment n’a plus vocation à permettre la communication du Mot, mais bien des “Secrets des maçons”. 
La suite sur le site de la Loge...

samedi 6 janvier 2018

Histoire de la Loge Jean-Théophile Désaguliers n°1

Lors de la Tenue du 15 juin 1999, le F. Pierre Petitjean a présenté une histoire de la Loge Jean-Théophile Désaguliers n° 1 de la Loge Nationale Française :
"L’histoire de notre loge se confond avec l’histoire de la LNF et la carrière maçonnique de René Guilly. 
René Guilly a été reçu apprenti le 9 mai 1951 dans la R.L. La Clémente Amitié du GODF. Créée en 1805, cette loge prestigieuse avait reçu, entre autres, Jules Ferry (1832-1893, président du Conseil) et Émile Littré (1801-1881, auteur du célèbre dictionnaire qui porte son nom). Dans une correspondance privée, René Guilly qui n’avait pas encore 30 ans, donne les raisons qui l’ont conduit à demander son entrée dans la franc-maçonnerie. Il recherchait « une vérité pour donner un sens à la vie quotidienne ». Il était persuadé que la Franc-maçonnerie recelait une tradition et que cette tradition pouvait lui apporter ce sens. Très vite, il comprit que la Franc-maçonnerie française avait besoin d’être régénérée pour jouer pleinement ce rôle. C’est ainsi qu’il oeuvra immédiatement à la restauration des rituels. Mais ce travail de fond allait d’emblée se heurter aux limites de la structure dans laquelle il se trouvait. 
C’est la raison pour laquelle, dès 1955, avec 27 Frères du GODF dont Robert Delafolie, il fonda une nouvelle loge, la Loge Du Devoir et de la Raison, au sein de laquelle il put travailler avec plus de liberté sur le rituel maçonnique. Ce travail s’appuyait sur quatre principes fondamentaux :
  • Restauration d’un rituel le plus authentique possible par le moyen de la recherche historique. Cela aboutit au « Rite Français Moderne Rétabli » [l’épithète « Moderne » étant une référence à la tradition véhiculée par la Grande Loge de Londres fondée en 1717 et qui s’appellera plus tard (par opposition à la Grande Loge des « Anciens » fondée en 1751-1753) la « Grande Loge des Modernes »].
  • Pratique de ce rituel avec rigueur.
  • Compréhension de ce rituel. Ce travail nécessita la rédaction d’instructions par demandes et réponses à connaître et à expliquer.
  • Diffusion de ce rite. Pour cela, il y eut des tenues de démonstration en présence de personnalités maçonniques, des tenues avec d’autres loges et des sujets attrayants : Histoire des rituels – Le Grand Orient de France – La Grande Loge de France – Le Maçon sans tablier – Le rôle des fraternelles dans la vie sociale , mais aussi des sujets d’actualité comme Quel est l’avenir de l’Union française ? – Le socialisme trahi : un livre d’André Philippe, etc." 
Lire la suite sur le site de la Loge...