dimanche 3 novembre 2019

Renaissance Traditionnelle 194 : 1732, le plus ancien document maçonnique français

Le nouveau numéro 194 de la revue Renaissance Traditionnelle est disponible. En voici la présentation par son rédacteur en chef, Pierre Mollier :
Ce numéro 194 de Renaissance Traditionnelle est à l’image de notre revue : il offre une vaste perspective ! Il s’ouvre en effet sur la découverte de ce qui apparaît maintenant comme le plus ancien document maçonnique français connu. Il se conclut par une présentation stimulante des potentialités des humanités numériques pour la recherche maçonnique. 
De longue date L’Anglaise de Bordeaux était considérée comme l’une des premières Loges françaises. Les historiens maçonniques de l’entre-deux-guerres faisaient état de documents – disparus depuis – attestant de sa création le 27 avril 1732. Notre revue avait publié (RT 131-132, p. 174-196) une copie d’extraits des ses livres d’architecture – trouvée dans les « Archives Russes » du Grand Orient de France – réalisée en 1813. Ce recueil commençait par le procès-verbal de la tenue du dimanche 27 avril 1732. Lors d’une mission à Minsk pour étudier le reliquat des « Archives Russes » resté coincé en Biélorussie, Pierre-Yves Beaurepaire y a découvert le premier livre d’architecture de L’Anglaise, un témoignage bien sûr exceptionnel sur les débuts de la Maçonnerie française. Il en prépare une édition critique mais, en attendant, Louis Trébuchet nous présente cette pièce passionnante. Il s’agit maintenant du plus ancien document maçonnique français connu puisqu’il précède de trois ans les « Devoirs enjoints aux Maçons libres » de 1735 et de cinq ans le livre d’architecture de la Loge parisienne Coustos-Villeroy de 1737. D’emblée sa lecture apporte des informations d’un grand intérêt. Ainsi on peut y constater la pratique du grade de Maître dès 1732 ! On sait que celui-ci n’est apparu en Angleterre que quelques années auparavant, vers 1725, et semble avoir mis un certain temps à être adopté par les Loges britanniques. Cette pratique si précoce du troisième grade s’expliquerait-elle par le fait que ces « Anglais » étaient en fait des Irlandais ?  
Reinhard Markner a retrouvé les preuves de l’initiation de Cagliostro et essaye de mieux cerner les circonstances de sa réception et le milieu maçonnique où « le Grand Cophte » a fait son apprentissage en Loge. Notre classique « séquence RER » propose d’abord une belle étude du professeur Katsumi Fukaswa sur La Triple Union de Marseille et les tensions qui l’ont divisée, notamment sur de vrais enjeux philosophiques et spirituels. Roger Dachez nous invite ensuite à découvrir la version xviiie siècle du Maître Écossais du Régime Rectifié. Il faut en faire une double lecture. On peut d’abord s’attacher à le resituer dans la généalogie des rituels du RER et y chercher les éléments de la doctrine propre au régime que le grade transmet. Mais on peut aussi l’inscrire dans le prolongement des différentes études que nous avons récemment publiées sur les grades de Maîtres Écossais entre 1740 et 1760 et voir, dans celui du RER, une version de ce quatrième grade qui apparaît et prend une place si importante à partir de 1740. Enfin, poursuivant ses travaux si féconds sur le « fichier Bossu », Thomas de la Sore nous montre combien les nouvelles technologies de l’information peuvent se révéler utiles pour exploiter les riches archives maçonniques du xviiie siècle. 
Voilà un beau numéro… qui incitera, nous l’espérons, les derniers retardataires à se réabonner pour 2019 !

Ce numéro peut être commandé en ligne au prix de 15 €.

dimanche 29 septembre 2019

Rosicrucianisme maçonnique britannique

Lors de la Tenue du 11 avril 2019 de la Loge Elizabeth St Leger lettre Ɑ des LNFU, Roger Dachez a présenté un travail sur "le Rosicrucianisme maçonnique britannique, un autre visage de la maçonnerie d’outre-Manche : histoire et pratiques".

Voici la synthèse de la 1ère partie "Origine de la Rose Croix" :
Le Temple de la Rose-Croix, 1618
Si une cinquantaine de pseudo-Ordres Rose-Croix pullulent aujourd’hui, c’est le résultat d’une dégénérescence du thème rosicrucien dans le monde contemporain. Tout commence en fait en Allemagne au début du XVIIe siècle. Le tournant de 1610 est une période particulière, marquée par le premier centenaire du premier acte de la Réforme. C’est en 1517 que Luther a publié ses fameuses 95 thèses. Et en Allemagne, où est né le luthéranisme, il avait fait naître des espoirs, mais aussi de nombreux conflits, qui ont mené vers le milieu des années 1550 les États du Saint Empire restés catholiques et ceux convertis au protestantisme à sceller la paix d’Augsbourg. Chacun des États du Saint Empire est libre de choisir sa religion. Bien entendu, selon le principe Cujus Regio ejus Religio, Tel prince telle religion. 
Au début du XVIIIe siècle : même dans les petits États qui ont choisi la Réforme, on se rend compte qu’elle a construit une nouvelle orthodoxie. À l’Université de Tübingen, de jeunes théologiens constatent que la liberté d’Évangile promise par la Réforme n’a pas abouti et cherchent les moyens d’une nouvelle réformation. Ainsi, à Kassel en Hesse, un des plus anciens États protestants, sont publiés plusieurs ouvrages anonymes. D’abord en 1614 la Fama fraternitatis, l’écho de la fraternité. Puis l’année suivante, la Confessio Fraternitatis, la proclamation de la fraternité en réponse aux échos qu’avait suscités le premier manifeste. Et enfin, en 1616, un troisième document, plus long et d’une structure entièrement différente, Les Noces chymiques de Christian Rosenkreutz. Ces trois « manifestes de la Rose Croix » sont les trois seuls textes de toute l’histoire publiés sous l’égide de la Fraternité de la Rose Croix en Allemagne. 
Les deux premiers sont des textes doctrinaux, qui proposent un projet et racontent une légende. Le projet, c’est donc qu’une nouvelle réformation puisse apporter à tous les Chrétiens la république universelle à laquelle ils ont droit. On comprend l’anonymat. À cela s’ajoute en seconde partie un récit de fondation légendaire. 
Un mystérieux personnage, Christian Rosenkreutz, qui serait né au XVe siècle, aurait rencontré des sages en Orient et, revenu en Allemagne, aurait décidé de confier l’enseignement reçu à une petite société secrète qu’il crée alors : la fraternité de la Rose-Croix. C’est une référence explicite au blason de Luther, qui contient une croix et une rose. Le vocabulaire qu’ils utilisent, fort déroutant quoique dans l’air du temps, renvoie à des spéculations philosophiques et hermétiques, car 1615 en Europe, c’est le plein développement du courant hermético-kabbalistique. 
Le maître meurt et son tombeau est oublié après la disparition de ses compagnons. Mais il aurait été redécouvert par accident dans une crypte, avec un livre permettant de tout retrouver. Les auteurs des manifestes s’en revendiquent donc les héritiers et auraient décidé de voyager à travers le monde pour en répandre les enseignements. Ils restent invisibles, c’est-à-dire qu’ils se fondent dans le quotidien des pays, mais on peut chercher à les trouver pour entamer avec eux un dialogue. 
Dans le dernier ouvrage, les Noces chymiques, le ton et le style changent radicalement. C’est une sorte de conte initiatique sur une aventure de jeunesse de Christian Rosenkreutz. Une croix dessinée sur ses vêtements, une rose à son chapeau, il se promène et découvre un château dont les différentes salles recèlent des scènes mystiques qui se jouent devant ses yeux, délivrant un enseignement de manière codée. L’ensemble a suscité des commentaires infinis. On en retient aussi une ambiance mystique et initiatique, car, à la fin, Christian reçoit la qualification d’une chevalerie mystique qu’on lui demande de répandre. 
Ces trois textes ont un immense écho en Europe : en une vingtaine d’années, plus de 200 ouvrages commentent ces manifestes ou y répondent. De grands érudits de l’époque comme Michel Maier ou Robert Fludd, séduit par le projet de nouvelle réformation, vont chercher à entrer en contact avec la fraternité. 
En fait, l’ordre d’origine de la rose Croix n’a jamais existé. C’est un ludibrium, un canular sérieux, l’invention d’un ordre fictif pour transmettre un message. Les manifestes ont été écrits par un petit groupe de jeunes théologiens qu’on appelle le cénacle de Tübingen. On connaît aujourd’hui leurs noms, notamment Johann Valentin Andreae, issu d’une vieille famille liée aux origines de la Réforme. 
Or jusqu’à la fin du XVIIe siècle, en Allemagne, en France et en Grande-Bretagne, après les premiers intellectuels comme Fludd, apparaît une deuxième vague de littérature produite autour des manifestes Rose Croix par des gens qui prétendent appartenir à la Fraternité et en expliquer les écrits. C’est ce qu’on peut appeler la littérature rosicrucienne. En général, ils ignorent tant l’identité que le projet réel des auteurs des premiers manifestes. Ils s’inscrivent dans le courant ésotérique de la Renaissance. Cela crée un courant rosicrucien complètement détaché du projet des origines. Antoine Faivre le compte parmi les cinq courants fondateurs de la tradition ésotérique occidentale moderne. Mais ce n’est qu’une tradition littéraire qui ne s’appuie encore sur aucune autre structure. 
Cela change en Allemagne au début du XVIIIe siècle. En 1710, le pasteur Samuel Richter, sous le nom de plume de Renatus Sincerus, publie le Règlement et une esquisse de rituel de l’ordre de la Rose-Croix. Un document atteste donc d’une Rose-Croix qui se prétend organisée sous forme d’un ordre avant les débuts de la franc-maçonnerie spéculative, même si en dehors de ce livre on n’en a aucune confirmation documentaire.
Mais entre les années 1750 et le milieu des années 1780 va naître en Allemagne l’Ordre des Rose-Croix d’or d’ancien système, dans lequel on rencontre de très nombreux francs-maçons mais pas seulement. Il se développe en Allemagne et un peu en France. Il s’appuie sur un système de grades qui reproduit l’arbre séphirotique, avec un grade par Séphira. Partant de Malkus, on parcourt les sept Sephiroth inférieures sans atteindre les trois supérieures, et encore moins la dixième, domaine de l’en-sof, l’immensité divine. Les dénominations de ces grades vont perdurer : Les dénominations de ces grades vont perdurer : zelator, practicus, theoricus, philosophus, adeptus minor, adeptus major, adeptus exemptus
Les rituels qu’on possède sont fragmentaires et semblent inachevés. Sans être maçonniques, ils ressemblent beaucoup à de la maçonnerie. On ouvre un grade et on le ferme. Entre les deux, on le confère à un candidat en lui faisant vivre un certain nombre de péripéties symboliques où on lui montre des objets et des signes. Un enseignement est délivré par un catéchisme en demandes et réponses. Le contenu mêle hermétisme, alchimie, kabbale, magie avec assez peu de cohérence. Les Rose Croix d’Or d’Ancien Système disparaissent sans postérité à la fin des années 1780.
La suite sur le site de la Loge...

mardi 17 septembre 2019

17e Salon Maçonnique du Livre de Paris

Sous l'égide de l'Institut Maçonnique de France avec la participation des 17 obédiences, se tiendra le 17e Salon Maçonnique du Livre de Paris les 16 et 17 novembre 2019, à La Bellevilloise (Paris XXe).

Vous pourrez y rencontrer en particulier des représentants des LNFU et de la revue Renaissance Traditionnelle.

Voici le programme de ces deux jours :

samedi 14 septembre 2019

Le Livre de la franc-maçonnerie

Les éditions Que sais-je? viennent de publier un nouvel ouvrage de 670 pages intitulé "Le Livre de la franc-maçonnerie" dans la collection "La Bibliothèque".

Alain Bauer, ancien grand maître du Grand Orient de France, et Roger Dachez, président de l’Institut maçonnique de France, ont dirigé l’édition de cet ouvrage, auquel ils ont également contribué au côté de Gérard Meyer, ancien président du Conseil national de la Loge nationale française, Jean-Marc Pétillot, ancien grand maître de la Grande Loge traditionnelle et symbolique Opéra, et Yves-Max Viton, ancien grand maître de la Grande Loge de France.

Voici le résumé proposé par l'éditeur : 
Bienvenue dans le temple de la franc-maçonnerie ! Vous y serez initié à son histoire, à ses règles et à ses devoirs, aux rites par lesquels les frères vont de l'« équerre au compas », des ténèbres à la lumière. Une bible pour lever le voile sur une société plus discrète que secrète, mais qui, depuis ses origines, n'en finit pas de fasciner.
En attendant la prochaine note bibliographique de la Loge Liber Latomorum...

dimanche 8 septembre 2019

Les Sœurs des LNFU courent et marchent contre le cancer du sein !

Dans le cadre des actions de Bienfaisance des Loges Nationales Françaises Unies et sous l’impulsion du Lewis Club de Paris, dimanche 8 Septembre 2019, 5 Sœurs ont participé à la course La Parisienne, marchant ou courant les 7 km du parcours.


Portant fièrement les couleurs de la lutte contre le cancer du sein, ainsi que celles subliminales du Lewis Club, nos sœurs ont aussi contribué par leur inscription et leur participation financière, offerte par notre obédience, au financement de la Fondation pour la Recherche Médicale.

3 des représentantes des LNFU
Le Lewis Club s’est ensuite chargé d’organiser un pique-nique Fraternel et familial afin de réconforter et compenser les pertes énergétiques de nos vaillantes sœurs !

Félicitons-nous de cette action, qui a allié Bienfaisance et partage Fraternel, et qui doit en appeler beaucoup d’autres de la part de toutes nos structures.

Dominique SAPPIA
Grand Hospitalier
Loges Nationales Françaises Unies

dimanche 25 août 2019

Table ronde Sources et histoire du Maître Ecossais

Lors de la IIIe Conférence Internationale d’Histoire de la franc-maçonnerie et des organisations fraternelles des 14 et 15 juin 2019, une table ronde sur le thème "Sources et histoire du Maître Ecossais" a été organisée par la revue Renaissance Traditionnelle.

La vidéo est disponible en ligne :


Cette table ronde rassemblait les personnes suivantes :
  • Andrew Prescott (Animateur)
  • Pierre Mollier (Les origines de la légende de la Voûte) 
  • Paul Paoloni (Les premiers Maîtres Ecossais et les débuts des hauts grades)
  • Reinhard Markner (The 1745 Berlin Scots Master Catechism: Context and Significance)
  • Roger Dachez (Le grade d'Ecossais dans les différents rites maçonniques (RF, RER, REAA etc.))
  • Felipe Côrte Real de Camargo (The Royal Arch degree and the decoration of aprons in England (1750s -1810s))

dimanche 30 juin 2019

Action de Bienfaisance des LNFU

Le mercredi 26 juin 2019 dans le cadre des actions de Bienfaisance obédientielle les représentants des Loges Nationales Françaises Unies (Loges Nationale Française et Loge Nationale Mixte Française) ont eu le plaisir de faire l'acquisition d'un arthromoteur de type Kinetec, afin de l'offrir à l'association Sourire à la Vie. 

L'association Sourire à la vie (www.sourirealavie.fr) présidée par Mr Frédéric Sotteau, accompagne les enfants atteints de cancer en proposant un programme sportif complet, des jeux éducatifs et créatifs et des temps de répit pour permettre aux parents de souffler. Le programme débute au plus près du diagnostic de l'enfant dans la chambre à l'hôpital et se poursuit tout au long du parcours de l'enfant en favorisant son épanouissement et en lui permettant de rester actif. Un programme complet combine ainsi relaxation, imagerie mentale, préparation physique, massages, rééducation et suivi nutritionnel, pour permettre à l’enfant de disposer d'un maximum de ressources au moment où il en a le plus besoin. Avec ce programme, il reste en meilleure forme physique et morale, perd moins de poids, conserve une meilleure autonomie. Il apprend à gérer ses angoisses, reprend confiance en lui et améliore son estime de soi. 

Dr Blandine Vallentin, Frédéric Sotteau, Dominique Sappia,
Rodolphe Cristiano, Djamel Khaïda, Robert Guinot
Représentant le Grand Maitre Roger Dachez: Robert Guinot (Président du Conseil des Sages), Rodolphe Cristiano (Délégué Régional Grand Sud du Grand Conseil) et Dominique Sappia (Grand Hospitalier) ont remis cette dotation au nom de tous les membres des Loges Nationales Françaises Unies. 

Les LNFU remercient de tout cœur ceux grâce à qui cette action de bienfaisance a été rendue possible, à savoir la société Kinetec (www.kinetec.fr), fabricant de cet appareil, permettant la mobilisation et la récupération des amplitudes de genou de ces jeunes patients dans le cadre de pathologies oncologiques touchant l'articulation. Un remerciement tout particulier à Monsieur Djamel Khaïda dirigeant de la Société Solo Médical sans qui cette action n'aurait pas été possible.

(Source : Loge La Céleste Amitié des LNFU)

dimanche 23 juin 2019

Renaissance Traditionnelle 193 - Aux sources de l'Ecossisme

Le nouveau numéro 193 de la revue Renaissance Traditionnelle est disponible. En voici la présentation par son rédacteur en chef, Pierre Mollier :
Avec ce numéro 193, Renaissance Traditionnelle aborde – dans des délais raisonnables – l’année 2019. Mais qu’importe le calendrier profane quand nous nous plongeons dans des sujets aussi passionnants et essentiels ! Nous prolongeons en effet ici l’enquête sur les débuts de l’Écossisme de notre dernière livraison. La problématique se résume à quelques questions : le premier haut grade : où ? quand ? comment ? Paul Paoloni nous propose ici une recherche approfondie et très documentée pour tenter d’éclairer ces trois points. 
D’abord il s’agit moins d’un « haut grade » que d’un quatrième grade. Son apparition doit donc être mise en rapport avec la fixation du système « canonique » en trois grades par la première Grande Loge entre 1720 et 1730. Il apparaît bien établi aujourd’hui que la source de ce quatrième grade, appelé à engendrer une nombreuse descendance, se trouve dans les mystérieux « Scot Masters » attestés en Angleterre au milieu des années 1730. Comme la Maçonnerie symbolique, les premiers hauts grades – loin d’être une création tardive et française comme cela a longtemps été affirmé – sont d’origine britannique et s’inscrivent dans le sillage de la formation de la Maçonnerie spéculative elle-même. Bien sûr l’enquête nous conduit vite en France, en Allemagne et même au Portugal… mais dans des milieux maçonniques qui restent très liés à Londres. Alain Bernheim avait souligné en son temps combien les Maçonneries française et anglaise étaient restées proches jusqu’en 1750. Cela souligne combien la Maçonnerie doit être considérée d’emblée comme un phénomène européen dans cette première moitié du xviiie siècle. 
Paul Paoloni a rassemblé ici les principaux éléments du dossier, les remet dans leur contexte… et s'efforce de les relier les uns aux autres pour proposer une hypothèse quant à la nature de ce « quatrième grade » originel. Un point nous paraît devoir être mis en lumière dans cet impressionnant travail. On associe en général, et nous l’avons nous-même fait à plusieurs reprises, le premier « quatrième grade » à un Royal Arch archaïque. On retrouve d’ailleurs le thème symbolique du Royal Arch dans plusieurs hauts grades continentaux très précoces comme l’« Écossais de la Voute » sous ses différentes formes. Or cela rend difficile l’intégration à ce schéma du Maître Parfait – ou des « Maîtres Écossais » allemands –, qui n’ont pas de Voute… alors qu’il s’agit probablement d’« autres grades » parmi les plus anciens. Pour Paul Paoloni, les choses se sont faites en deux temps. Dans un premier temps, le « Scot Master » britannique – et ses équivalents « Maître Écossais » continentaux – se caractérisent par une légende qui les situe dans les ruines du Temple de Salomon où le récipiendaire redécouvre – par terre, sous une pierre, au pied d’une colonne, sans plus de précision – le secret perdu du vrai nom de Dieu. Dans un deuxième temps – et c’est un enrichissement « théâtral » presque naturel – cette découverte est transférée dans une voute oubliée dans les fondations du Temple. On passe du Maître Écossais à son développement en Royal Arch. La Maçonnerie continentale, et notamment française, gardera dans sa pratique les vestiges de ces deux couches géologiques… 
Nul doute, cher lecteur, que ce beau numéro ne vous conforte dans l’idée de vous réabonner pour cette nouvelle année 2019. Votre soutien est la seule richesse de notre revue et le garant de sa pérennité et de son indépendance."
Et quelques informations complémentaires sur les prochains numéros :
"Nous travaillons dès maintenant à un numéro double (193-194) consacré à trois Maçons célèbres du Premier Empire : Cambacérès, d’Aigrefeuille, Villevieille. L’étude de leur amitié et de leurs liens permet de mieux comprendre le cercle maçonnique qui entoure Cambacérès. L’article apporte notamment des éléments tout à fait nouveau sur d’Aigrefeuille et éclaire le rôle éminent qu’il a joué dans les dix premières années du Suprême Conseil du Rite Ecossais Ancien et Accepté au nom de Cambacérès. Les quelques lecteurs qui ne seraient pas des ascètes seront aussi sensibles à la dimension gastronomique de ce trio célèbre en son temps ! 
Le numéro 195 – notre dernière livraison de 2019 – vous proposera un passionnante présentation du plus ancien livre d’architecture d’une Loge française, celui de L’Anglaise de Bordeaux pour la période « du 27 avril 1732 au 13 mai 1755 » récemment retrouvé. Parmi les découvertes exceptionnelles proposées dans ce numéro… un document des plus étonnants semblant attester l’existence d’un chapitre de l’Ordre d’Heredom de Kilwining dans le Nord de la France en… 1743 ! Deux beaux articles aussi autour du RER, sur une de ses Loges qui a joué un rôle important et sur la formation du grade de Maître Écossais de Saint-André."
Ce numéro peut être commandé en ligne au prix de 15 €.

dimanche 9 juin 2019

Charte des LNFU


CHARTE ET DÉCLARATION DE PRINCIPES
DE LA FRANC-MAÇONNERIE TRADITIONNELLE LIBRE


Nous, Sœurs et Frères de la Franc-Maçonnerie Traditionnelle Libre (FMTL), œuvrant au sein de la Loge Nationale Française (LNF) et de la Loge Nationale Mixte Française (LNMF) et qui formons ensemble les Loges Nationales Françaises Unies (LNFU), affirmons notre attachement aux principes suivants et nous engageons à les maintenir parmi nous :


ARTICLE I
La franc-maçonnerie est de nature spirituelle et traditionnelle. Fondée depuis ses origines sur la foi en Dieu, le Grand Architecte de l’Univers, elle vise à la transformation initiatique de ses membres par la réception du message de Lumière et d'Amour que, depuis son origine, la tradition maçonnique a identifié à l'Evangile de Jean, à travers la pratique rigoureuse des usages, des rites et des cérémonies maçonniques.

C’est pourquoi la franc-maçonnerie doit bannir avec une extrême rigueur de ses Loges, sous peine de manquer à sa mission fondamentale, tout ce qui est contraire à ces définitions. Elle doit notamment se refuser à toute activité dans le domaine politique, social, économique et financier, ce qui est une source abondante de mésentente et de conflits entre ses membres. Les Loges s’interdiront tout exposé et tout travail sur ces sujets et leurs membres s’abstiendront de toute conversation de ce genre lors des réunions maçonniques quelles qu’elles soient.

Cultivant la modération et la courtoisie, les Maçons se doivent également d'observer une grande décence dans leurs propos et de s'abstenir de tout excès susceptible de modifier et d'altérer leur comportement.

ARTICLE II
L'entraide a toujours été une des grandes règles de la franc-maçonnerie. Elle exige cependant d'être exercée avec beaucoup de discernement. Elle doit notamment se limiter aux services qui allègent les difficultés réelles que rencontrent les uns et les autres au cours de leur existence et ne jamais devenir une sorte d'association matérielle ou de complicité pour le profit.

ARTICLE III
La bienfaisance est aussi un des buts les plus anciens de la franc-maçonnerie. Elle se distingue de l'entraide en ne se limitant pas aux membres de l'Ordre. Elle est pratiquée soit par les Loges, soit individuellement par leurs membres. C’est un engagement majeur de toute franc-maçonnerie vraiment consciente d’elle-même.

ARTICLE IV
Parmi les dangers qui menacent la vie initiatique des Loges, la recherche des honneurs doit certainement être considérée à l’égal des plus graves. La hiérarchie qui est une des structures naturelles de la franc-maçonnerie peut en effet tenter des Maçons plus soucieux d’apparence que de réalité, plus désireux d’exercer une autorité illusoire que d’assumer pleinement des charges et des responsabilités.

Il faut reconnaître par ailleurs que la place importante que prennent nécessairement des Maçons compétents, actifs et dévoués est un autre péril, car ces derniers habituent les membres des Loges à la facilité et leur succession devient d’année en année plus difficile.

C’est pourquoi nous estimons que le changement de Vénérable chaque année dans les Loges est une pratique à recommander, si toutefois les circonstances et la situation de la Loge le permettent sans risque pour elle. Il est en outre très souhaitable que le futur Vénérable ait occupé différents postes des filières propres à chaque Rite. Les aptitudes de tous peuvent ainsi apparaître clairement et les listes des Officiers à élire chaque année ne doivent être établies que dans le seul intérêt de la Loge et du Rite, et jamais dans un esprit de complaisance ou de concession à une vanité trop humaine.

ARTICLE V
Les Loges sont dirigées de façon collégiale par les Maîtres Maçons réunis en Conférence de Maîtres, limitée aux seuls membres actifs. La plus large unanimité est toujours recherchée. Les Apprentis et les Compagnons ne sont jamais associés ou mêlés aux décisions à prendre ni aux discussions qu’elles suscitent. La fonction de Conseil des sages que doit y jouer l’ensemble des Passés-Maître doit en outre soulignée.

ARTICLE VI
Les initiations et les affiliations ne sont décidées qu’à l’unanimité, ce qui signifie que chaque membre d’une Loge dispose d’un droit d’opposition pour des motifs sérieux et légitimes et selon les dispositions du Règlement intérieur de chaque Loge. On ne doit pas permettre en effet qu’une Loge soit troublée par l’admission d’un nouveau membre contre le gré d’un membre plus ancien. Si la répétition ou le nombre de ces oppositions crée une crise au sein d’une Loge, une issue possible est la création d’une nouvelle Loge, ce que tous doivent faciliter dans un climat de conciliation.

Ces initiations et ces affiliations devront être précédées de la plus large publicité maçonnique permise par les circonstances, ces actes importants devant être accomplis au su de tous en toute clarté et loyauté. Elles doivent impérativement respecter les stipulations du Règlement général sous peine de nullité et de sanction pour la loge qui aura manqué à ses obligations.

D’une façon plus générale, on ne perdra pas de vue que l’association maçonnique étant fondée sur la libre cooptation et la coexistence paisible et harmonieuse, aucune règle supérieure à celles-ci ne saurait imposer à des membres, séparés momentanément ou durablement par des antipathies ou des incompatibilités, de continuer à se fréquenter dans la même Loge. Cette situation, profondément regrettable certes, mais qui se rencontre malheureusement parfois, compromet en effet tout travail initiatique et toute évolution heureuse des uns et des autres. On devra dans ce cas s’efforcer de parvenir d’un commun accord à des essaimages ou à des changements d’appartenance ce qui, en supprimant dans l’immédiat des causes de frictions, sera aussi un moyen sûr de rétablir dans l’avenir des relations plus normales et plus satisfaisantes.

ARTICLE VII
Les augmentations de salaire sont de la même façon décidées à l’unanimité. Les candidats doivent avant tout avoir fait preuve d’assiduité et montré leur instruction maçonnique, leur ancienneté dans un grade étant une donnée secondaire par rapport à la qualité de leur engagement. Leur conduite doit être, à tous égards, irréprochable.

ARTICLE VIII
Nous constatons que le pluralisme des Rites est une réalité maçonnique qui doit être admise. Nous pensons qu'à travers ce pluralisme des rites une recherche initiatique méthodique et prudente doit permettre de retrouver l'essence traditionnelle de la Maçonnerie, ce que nous développons au sein de nos Loges d’Etude, l’instruction maçonnique et la connaissance approfondie des sources de la franc-maçonnerie étant une des préoccupations essentielles de la Franc-Maçonnerie Traditionnelle Libre

Les Rites ne s'excluent pas, ils se complètent. Un Maçon peut pratiquer plusieurs rites mais il faut dans ce cas qu'il s'abstienne soigneusement de les mêler par ignorance ou par un désir irréfléchi de bien faire.

Sans exclusive pour l’avenir, nous nous sommes attachés aux Rites suivants, dans le respect absolu de leurs textes fondamentaux, placés sous le contrôle du Collège des Fondateurs:
  • Rite Moderne Français Traditionnel (RMFT) - selon des textes français des XVIIème et XVIIIème siècles et de vieux textes anglais, écossais et irlandais, dont le plus ancien actuellement connu remonte à 1696.
  • Rite Anglais Style Emulation (RAE) - issu en Angleterre de l'Union de 1813.
  • Rite Ecossais Rectifié (RER) - conformément aux textes établis de 1782 (au Convent de Wilhelmsbad) à 1809 (sous la responsabilité personnelle de J.-B. Willermoz).
  • En outre, la cérémonie d’Installation secrète du Maître de Loge est reconnue comme un vénérable et ancien usage du Métier.
Chacun de ces Rites comporte un ou plusieurs grades complémentaires qui sont conférés dans des organismes distincts des Loges symboliques et de leur fédération, et dotés d’une administration spécifique. Les Loges Nationales Françaises Unies en déterminent la liste et concluent des accords avec eux. En particulier, ces organismes seront fraternellement consultés pour toute question rituelle de leur ressort.

ARTICLE IX
De même, la diversité obédientielle nous semble une donnée irréversible de la tradition maçonnique française dont tous les francs-maçons, quelle que soit leur appartenance, sont les héritiers. Nous ne considérons pas ce pluralisme comme un champ de concurrence ni comme une occasion de querelles. Ouverts à la différence et soucieux de partager, nous souhaitons au contraire occuper notre place dans le paysage maçonnique en préservant notre identité et nos principes, dans le respect des obédiences qu’animent les mêmes sentiments et dont les membres sont dès lors fraternellement accueillis dans nos Loges.

ARTICLE X
Le premier devoir de tout Maçon est le travail. C’est pourquoi les membres de toutes les Loges des Loges Nationales Françaises Unies s’engagent à préparer soigneusement les Tenues en fonction de leur ordre du jour, prévu si possible dès le début de l’année maçonnique.

Dans le même esprit, la pratique exacte du rituel est un des éléments fondamentaux de la vie maçonnique. Elle suppose en particulier, de la part des Officiers, le bon accomplissement de leur fonction symbolique. Ils ont le devoir d’acquérir une connaissance sérieuse de leur rituel dont la lecture régulière et réfléchie, outre qu’elle leur apportera des aperçus toujours nouveaux sur les leçons que la franc-maçonnerie nous adresse, leur permettra ainsi d’en mieux maîtriser la pratique.

ARTICLE XI
C’est dans le cadre strict des Rites et des rituels définis par les Loges Nationales Françaises Unies que se situe le travail de ses Loges, et aucune référence à d’autres Rites, ni à d’autres pratiques obédientielles, ne peut être envisagée.

De même, la pratique des grades complémentaires est un des objectifs des membres de la Franc-Maçonnerie Traditionnelle Libre, au sein des organismes appropriés, et la présence de ces grades, complément naturel et nécessaire de la maçonnerie symbolique, est ostensible en son sein.

ARTICLE XII
Tout membre actuel ou futur des Loges Nationales Françaises Unies doit accepter sans réticence tous les principes énoncés ci-dessus, et s’engage à ne pas y porter atteinte, sauf à devoir reconsidérer son appartenance ou à se voir légitimement refuser son initiation ou son affiliation.

ARTICLE XIII
Enfin, sans prétendre à une quelconque filiation historique ni revendiquer la moindre préséance, mais pour témoigner de notre souci de nous inspirer d’une longue et vénérable tradition, nous avons adopté des armes s’inspirant de celles accordées en 1472 à la Compagnie des Maçons de Londres : « God is our Guide », « Dieu est notre Guide », et reprises plus tard par la première Grande Loge de Londres créée en 1717, ainsi que la devise de ladite Compagnie en 1677 : « In the Lord is all our Trust », « Nous plaçons toute notre confiance dans le Seigneur », ce qui doit s'entendre dans tous les sens, et notamment dans le sens tiré de la tradition biblique, en se souvenant que l'Eternel sur le Sinaï guida Moïse en lui donnant tous les plans du Tabernacle, qui devait lui-même être le modèle du Temple élevé à Jérusalem pour être la Demeure du Seigneur, sous les ordres du Roi Salomon, avec l'aide du Roi Hiram de Tyr et le précieux concours d'Hiram Abif.

Déclaration adoptée par
le Grand Conseil des LNFU
le 09 juin 2018

jeudi 30 mai 2019

Jean-Baptiste Willermoz

Lors de la Tenue du 8 novembre 2018 de la Loge Court de Gébelin lettre β (LNMF), consacrée à la S.O.T. et au R.E.R., Jacques Rondat, auteur d'une étude intitulée La Correspondance maçonnique échangée par Jean-Baptiste Willermoz et Claude-François Achard sous titrée « Un cours de Maçonnerie rectifiée » (Les Editions de la Tarente, 2017) a présenté les principales étapes de la vie de Willermoz et son action à travers 4 thèmes : ésotérisme ; Franc-maçonnerie ; religion ; vie privée.
"Jean-Baptiste Willermoz a reçu une éducation chez les jésuites jusqu’à l’âge de 12 ans. Il a probablement aussi bénéficié d’une aide familiale, peut-être aussi comme sa sœur, la future Madame Provensal, qui l’accompagnera durant toute sa vie. Il apprend donc à écrire, puis l’histoire, la théologie, la patristique, la philosophie, etc. Il est catholique. Apprenti dans le négoce de la soie, il deviendra un vrai professionnel, entrepreneur et ingénieur, alliant ainsi un côté très pratique par son métier à un besoin plus subtil de recherche spirituelle. 
Sa carrière maçonnique fut extraordinaire. Elle commença au tournant du siècle. Il rencontra Martinès de Pasqually, Louis-Claude de Saint-Martin. Il fréquenta la Stricte Observance, fonda le Rite Ecossais Rectifié (convent des Gaules à Lyon en 1778), échangea une correspondance avec tout l’Europe maçonnique et nombre de princes régnants, s’opposa à Jean-Pierre-Louis Beyerlé, s’intéressa au magnétisme animal, etc.
Après la Révolution il s’illustra par son action dans sa ville de Lyon comme administrateur des hospices. 
A sa mort c’est Joseph Antoine Pont qui hérite de ses archives et contribuera à les transmettre à la postérité ce qui nous permet aujourd’hui d’étudier à loisir ce grand Maçon, ce Régime maçonnique et la Franc-maçonnerie en général. 
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La suite sur le site de la Loge.