Affichage des articles dont le libellé est Comprehendere Facereque. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Comprehendere Facereque. Afficher tous les articles

mercredi 1 mai 2019

Les 10 ans de Comprehendere Facereque

Dans sa Tenue du 16 avril 2019, la Loge Jean-Théophile Désaguliers n°1 (LNF) a commémoré avec la Loge La Rose et le Chardon n°1 (LNMF) les 10 ans du groupe Comprehendere Facereque qui travaille sur les sources du Rite Moderne Français Traditionnel. Voici un extrait de la présentation intitulée "Travaux 2009-2019 et perspectives" :

Genèse

Tout est parti de la Loge Jean-Théophile Désaguliers n° 1 de la LNF dont on dit qu'elle est le creuset du Rite  [Moderne] Français Traditionnel. Notez que ce rite n’a jamais vraiment existé en l’état car c’est une synthèse érudite et documentée de la Maçonnerie dite des Modernes, à travers ses pratiques moyennes en France dans la première moitié du XVIIIe siècle, accompagnées de quelques apports postérieurs.

L’histoire de la loge se confond avec l’histoire de la LNF et la carrière maçonnique de René Guilly qui a été l’instigateur de ce Rite à partir des année 1950. Cf. le travail de Pierre Petitjean, présenté le 10 juin 1999 dont voici la conclusion :

“Le Rite  [Moderne] Français Traditionnel est le représentant par excellence de la tradition maçonnique française. Issu d’un mouvement de recherche qui, par définition, ne s’arrête jamais, ce rite n’est pas un rite totalement fixé même s’il a acquis maintenant une certaine stabilité. Cependant notre devoir à tous est, plus que jamais, de le faire vivre, de le comprendre, de le faire connaître et aimer.”

Quelle responsabilité !

Dix ans plus tard, des jeunes Frères de la Loge, sous le regard bienveillant de ce même Passé Maître, Pierre D-SCR-T--N, ont eu l’idée de lancer un groupe de travail pour essayer de comprendre et mettre en pratique la méthode de recherche inhérente à la LNF en général et à ce Rite en particulier. L’avantage d’un petit groupe informel était d’être plus accessible qu’une Loge d'études et de recherches comme Louis de Clermont.

Le nom fut une évidence : Comprehendere Facereque. Comprendre ce que l’on fait pour bien le faire.

Quel est l’héritage sur lequel travailler ? Des centaines de pages de comptes-rendus dans des livres d’archives (ceux des Loges Jean-Théophile Désaguliers et Louis de Clermont en particulier), des centaines d’heures de Tenues enregistrées par Pierre Petitjean, des rituels et des instructions, des articles dans Renaissance Traditionnelle, des ouvrages & des dossiers à Clichy !

En effet, le Fonds René Guilly à Clichy est riche et varié. Nous avons pu le constater avec celui des grades bleus du RFT. C’était d’ailleurs très émouvant de parcourir ses notes & sa méthode à une époque où l’ordinateur n’existait pas, c’est-à-dire avec des découpes de papier collés sur chaque page, de vrais copier-coller. On trouva également un document important : la liste et codification des sources de langues anglaise et française du RFT, qui allait nous servir de guide dans ce travail.

Evidemment, on ne peut pas rentrer dans les détails ce soir, mais à titre d’exemple, un des prochains billets du Blog des Maçons Traditionnels Libres portera justement sur la méthode mise en oeuvre par René Guilly, à travers plusieurs travaux dans notre Loge en 1987, une étude comparée de 3 divulgations maçonniques françaises : Le Sceau rompu (1745), L’ordre des Francs-maçons trahi et leur secret révélé (1744) et Le Catéchisme des Francs-maçons (1744).

Travaux

Se réunissant le 2e samedi à Clichy, le groupe a connu plusieurs phases :
  • De 2009 à 2010, l'objectif a été de transcrire des sources constitutives du Rite.
  • De 2011 à 2012, la base documentaire établie jusque dans les années 1980 par René Guilly fut complétée avec l’aide précieuse de Paul Paoloni.
  • En 2014, les Instructions par demandes et réponses aux 3 grades bleus ont été annotées avec les références des sources.
  • En 2015, la conception du Rite s’est resserrée autour de ses sources Modernes fondamentales.[3]
  • De 2016 à 2018, le groupe travailla sur une version de référence des rituels pratiques du RFT selon les principes suggérés par Roger Dachez :
    • Ouverture et Clôture de la Loge Générale et de la Loge de Maîtres
    • Cérémonie de réception aux 3 grades
    • Installation du Vénérable et des Officiers
On a constaté durant ces différentes phases que trouver la bonne méthode était essentielle pour avancer correctement. On peut également noter qu’il y eut assez peu de Frères impliqués dans le projet, le groupe réunissant 6 à 7 Frères en moyenne. 

Perspectives

Etant arrivé à la fin d’un cycle fin 2018, ses membres ont essayé de prendre du recul sur son objet, sa méthode et ses futurs travaux.

Les objectifs alors reformulés se présentent ainsi :
  • fournir les rituels et instructions complets et à jour du Rite Moderne Français Traditionnel,
  • continuer et transmettre la méthode de recherche fondatrice (de la Maçonnerie Traditionnelle Libre) sur les sources de la première Maçonnerie des Modernes (jusqu’à la première moitié du XVIIIe siècle);
  • diffuser cette démarche et ses résultats de manière didactique.
L’avenir du groupe pourrait s’articuler autour des travaux suivants :
  • Mettre à jour les instructions :
    • 1ère révision (à court terme) : harmonisation des instructions par rapport au nouveau rituel (ouverture/clôture, cérémonies)
    • 2e révision (à moyen terme) : travail de fond sur les sources Early Masonic Catechisms (voir traduction de Philippe Langlet) et les divulgations françaises entre 1737 et 1751 pour mettre à jour les instructions avec un appareil critique systématique. Il est probable que les futurs rituels du RMFT bénéficieront de ce travail. Mais ceci prendra du temps.
  • Faire un inventaire des documents de René Guilly (documents de travail à Clichy et publications).
  • Établir des transcriptions éventuelles de documents de René Guilly.
  • Publier l’avancement des travaux sur le site Internet pour en faire un site de référence.
De manière pratique, le groupe sera dorénavant organisé ainsi :
  • Rencontres mensuelles toujours le 2e samedi à Clichy ouvertes à tous les membres des LNFU, invitant en priorité les Loges de tradition française;
  • Connexion à des groupes en région, comme par exemple à Bordeaux sous la direction de Pierre Petitjean. Cela sera facilité par l’usage de la visio conférence.
  • Information de l’activité du groupe auprès de toutes les Loges.
  • Déplacements en province pour partager les fruits de ces travaux.
  • Formation des membres sur les outils informatiques utilisés par le groupe."

Pour plus de détails, allez sur le site de la Loge.

vendredi 19 avril 2019

Etude comparée de 3 divulgations maçonniques françaises

Afin d'illustrer la méthode de recherche scientifique développée au sein des LNFU en général et de la Loge Jean-Théophile Désaguliers n°1 en particulier, nous publions cette étude menée sous la direction de René Guilly fondateur du Rite Moderne Français Traditionnel.

Voici la première partie correspondant à la Tenue du 15 janvier 1987 : 
1. Demande : Quel est le premier soin du Maçon ?
Réponse : C’est de voir si la Loge est couverte.
 
Cf. Le Catéchisme des Francs-maçons : 7e demande. Sur la « couverture » de la Loge : Cf. Ms d’Edimbourg (1696) et Sloane 8e demande. 
2. D. D’où venez-vous ?
R. De la Loge Saint-Jean.
3. D. Quelle recommandation nous apportez-vous ?
R. Bon accueil aux Frères & Compagnons de cette Loge.
4. D. N’apportez-vous rien de plus ?
R. Le Vénérable Maître de la Loge Saint-Jean vous salue par trois fois.
 
Sur la Loge de Saint-Jean et la triple salutation dite « Salutation de l’étranger », c’est-à-dire des visiteurs, Cf. Ms d’Edimbourg et Les Ordonnances de Torgau (1462) faisant suite aux Statuts de Ratisbonne, règle 107 (1459). Ces textes allemands pourraient suggérer des contacts anciens entre l’Allemagne et l’Angleterre.
La « Salutation de l’étranger » serait une clef qui donne l’entrée de la loge. On peut la comparer au Mot du Maçon qui a le même usage. 
Le Mot du Maçon formé de 2 mots, aujourd’hui réparti sur les 2 premiers grades, nous rappelle un état ancien où le grade d’apprentif-compagnon ne formait qu’un tout. S’il y avait bien 2 cérémonies, elles étaient délivrées le même jour. Au début du XVIIIe siècle, avec l’apparition d’un 3e grade, cette pratique, directement issue des origines opératives de la Maçonnerie, disparaît. Or le Mot du maçon ne prend véritablement son sens que lorsque les 2 mots qui le composent sont réunis.
Notons l’association ternaire suivante :

  • VM - Sagesse
  • 1er S. – Force - Jakhin
  • 2eS. – Beauté - Boaz 
5. D. Que venez-vous faire ici ?
R. Vaincre mes passions, soumettre mes volontés, & faire de nouveaux progrès dans la Maçonnerie.
 
Cf. Masonry Dissected de Samuel Prichard (1730).
Et voici la suite lors de la Tenue du 18 juin 1987 :
6. D. Etes-vous Maçon ?
R. Mes Frères & Compagnons me reconnoissent pour tel.
 
On trouve cette question avec la réponse « Oui, je le suis » dans la « Synthèse Ecossaise » dès 1696 et les textes ultérieurs. La réponse complète se trouve dans le Wilkinson (circa 1727) et la divulgation de Prichard (1730). Remarquons l’expression : « Frères et Compagnons ». Elle se trouve dans le Chant des Apprentis de Jean-Christophe Naudot (1690-1762) publié en 1737. Sans doute faut-il voir ici une allusion au grade d’« Apprentif-Compagnon ». 
7. D. A quoi connaîtrai-je que vous êtes Maçon ?
R. A mes signes & mes marques, & au point parfait de mon entrée.
 
Le Catéchisme de Travenol donne comme réponse : « Au signe, attouchement et à la parole ». Cette séquence est dans un ordre logique et pratique : le signe peut se faire à distance, l’attouchement de plus près et la parole donnée à l’oreille, de très près.
La réponse donnée dans le Sceau se trouve dans le Wilkinson, et peut-être antérieurement : il faudrait chercher dans un texte de 1711. 
Il y a lieu de distinguer « signes » au pluriel de « signe » au singulier. Les « signes » au pluriel sont détaillés dans la demande et réponse suivante (n° 8) : ce sont l’Equerre, le Niveau et la Perpendiculaire. Le « signe » au singulier, dont la source se trouve dans la Synthèse Ecossaise de 1696, fait référence au premier point parfait de l’entrée (Cf. Demandes et réponses 10 à 12). 
Marque et attouchement : le mot anglais qui désigne l’attouchement pourrait, dans un sens ancien, signifier aussi « marque ». Néanmoins il existe un mot anglais « mark » pour désigner une marque tandis que le mot « token » qui désigne l’attouchement peut aussi signifier « code ». L’attouchement se donne lors de la poignée de main, en anglais « grip » (à ne pas confondre avec la notion française de « griffe », poignée de main qui se donne au grade de Maître), et il peut alors être assimilé, lors de la pression que l’on donne, à une marque. 
Plus tardivement, vers 1730, on ajoutera à la réponse « et aux circonstances de ma réception », ce qui ouvrira la porte sur la description de la réception. 
8 D. Quels sont les signes des Maçons ?
R.. L’Equerre, le Niveau et la Perpendiculaire.
 
La source de ce ternaire remonte aux années 1727-1730 ce qui dénote un rapport entre Le Sceau rompu, le Wilkinson et Prichard. L’Equerre, seule, se trouve dans le Sloane (1700) comme signe de reconnaissance (dans ce manuscrit, elle est une lumière et le moyen de prêter serment). C’est une clef fondamentale dans la maçonnerie opérative. Ce n’est qu’en 1727 que la Grande Loge de Londres décide d’attribuer les bijoux de la façon suivante : l’Equerre au Vénérable Maître, le Niveau au 1er Surveillant et la Perpendiculaire au 2è Surveillant. 
9 D. Quelles sont les marques ?
R. Certains attouchements réguliers que l’on se donne entre Frères.
 
L’expression « certaines poignées de main » se trouve dès les années 1727-1730. Ainsi, on peut dire que la maçonnerie spéculative actuelle se trouve constituée au cours de ces années là et que la maçonnerie spéculative française, issue de celle des îles britanniques, est en gestation et constitution à Londres dans les années 1720. 
10 D. Donnez-moi le point parfait d’entrée.
R. Donnez-moi le premier, je vous donnerai le second.
11 D. Je garde ?
R. Je cache.
12 D. Que cachez-vous ?
R. Les signes des maçons et de la Maçonnerie.
 
L’expression « Donnez-moi le premier, je vous donnerai le second » s’applique donc ici au point parfait d’entrée et non au Mot du Maçon comme cela sera le cas à partir de 1730, date à laquelle cette dernière innovation entre en scène, exemple même d’une dérivation maçonnique. 
« Je garde ? » est une référence directe au serment et établit un rapport entre l’idée d’une pénalité et le point d’entrée. On trouve cette liaison dès 1696 et le manuscrit Sloane, D. 3. 
On remarque qu’une parfaite cohérence se dégage des D. 7 (« mes signes et mes marques et au point parfait de mon entrée ») qui sont secrets et permettent de reconnaître un Maçon, 10 « le point parfait de l’entrée » en rapport avec l’idée de secret « je garde, je cache », 12 « que cachez-vous ? » les secrets tels les signes des Maçons (retour à D.7) 
Deux notions sont à retenir lors de l’Entrée du profane : on désigne sa nouvelle qualité et on lui donne un dépôt à conserver. Le rite de l’Entré est donc très important puisque le profane y reçoit tout ce qu’il y a de fondamental, en une seule fois. Sous cette forme, ce rite a des origines écossaises. On peut également établir des relations avec le compagnonnage français ainsi qu’avec l’Allemagne (cf. D.2 et suiv.), ce qui constituerait un tronc opératif commun. 
D&R 13 à 16
«- Où avez-vous été reçu Maçon ?
-Dans une Loge juste et parfaite.
-Qui compose cette Loge ?
-3, 5 & 7 : savoir, un Maître Vénérable, 2 Surveillants, 2 Compagnons et 2 apprentifs.
-Qui la forme ?
-5, qui sont un Vénérable Maître, 2 Surveillants, 1 Compagnon et 1 apprentif.
 -Qui la gouverne ?
-3, un Vénérable Maître et 2 Surveillants. »
 
La trilogie 3, 5, 7 est une notion récente des années 1730. Ici encore on remarque le travail d’élaboration de la Maçonnerie spéculative anglaise, comme on vient de le voir à l’instant, dans les années 1720. A un certain moment le système se fige et devient universel. 
A propos de la formation et du gouvernement de la Loge notons qu’en 1717, à Londres, la Loge est formée de 3 officiers (Vénérable Maître ; 1er et 2e Surveillants) hiérarchisés (cf. D. 8). En 1760, les « Anciens », principalement Irlandais mettent les 3 grands Maîtres de la Loge sur un plan d’égalité. Il ya donc un divorce anglais/irlandais sur la situation des 3 officiers et c’est un problème fondamental. 
La composition de la Loge en 3, 5, 7 est reprise dans L’Ordre des Francs-maçons trahis (1744-5). Sur les origines de cette composition qui a connu des variations (cf. Sloane, op. cit., D. 5) il semble que le débat s’est cristallisé autour de 1724/5 sur 5 et 7 (le 3 étant déjà  en place dès 1717 dans la Maçonnerie anglaise) dans des textes irlandais, donc archéo-anglais, qui auraient pu servir de relais à la Maçonnerie française..
Pour plus d'informations :

samedi 20 janvier 2018

Principes de révision du Rite Français Traditionnel

Au sein du groupe de travail Comprehendere Facereque, souché sur la Loge Jean-Théophile Désaguliers n° 1 de la LNF, les principes de révision du Rite Français Traditionnel ont été posés en 2016 par Roger Dachez :
"Plus de 50 ans après sa première version, le RFT a suscité, au sein de la LNF, un travail de recherche qui n’a jamais cessé. De même que René Guilly-Désaguliers lui-même avait vu, au moins à deux reprises, vers 1970 et vers 1988, la nécessité d’une révision des textes, à la fois pour les simplifier et les rendre plus accessibles, de même il est apparu opportun, en ce début du XXIème siècle, d’appliquer les acquis d’une recherche qui a permis de mieux préciser certains aspects de la première maçonnerie française. Il a paru en outre souhaitable de rendre ces rituels plus praticables et plus clairs : la sophistication des révisions successives avait sans doute rendu certaines allusions symboliques trop subtiles et finalement peu compréhensibles.Les principes adoptés pour cette révision sont les suivants :
  • Les références de base sont les textes compris dans la Liste et codification des sources du RFT.
  • Ne sont plus retenues que les références directement ou indirectement liées à la tradition des Modernes – les textes des Anciens, essentiellement les Three Distinct Knocks (TDK), 1760 et Le Guide des maçons écossais (c.1804), ne sont donc pas pris en considération.
  • On privilégie les usages et les choix des textes français entre 1737 et les rituels arrêtés en 1786 par le Grand Orient de France
  • ..."
La suite sur le site de la Loge.