samedi 31 mars 2018

La Rose et le Chardon

La Loge La Rose et le Chardon n° 1 de la LNMF vient de créer son site pour y publier ses travaux.

Lors de la consécration de la Loge, le samedi 26 octobre 2013, son Vénérable Maître, Roger Dachez, avait présenté un exposé intitulé "la Franc-maçonnerie : une approche historique et spirituelle", traçant en quelque sorte l'esprit et le plan de travail de la Loge, dont voici une synthèse :
"Il est rappelé en introduction que les Anglais avaient une approche morale de la Franc-maçonnerie alors que cette approche était plutôt d’ordre philosophique en France. 
Il est vrai que la Grande loge Unie d’Angleterre a récemment affirmé (2011) que le but de la Franc-maçonnerie n’était pas une recherche spirituelle, mais de faire de bons citoyens. Cependant les Anglais sont respectueux des formes dans lesquelles leur maçonnerie est figée depuis deux siècles. Ils n’entendent pas le sentiment religieux avec l’approche dogmatique courante chez les Français, qui manquent de culture religieuse. Ces derniers ont une relation compliquée avec le sentiment religieux, contrairement aux Anglais.
Sur un autre plan, les Français ont une liberté d’interprétation – inconnue chez les Anglais – et espèrent que la maçonnerie pourra les conduire sur des voies autres que philosophiques et religieuses, les voies « initiatiques »... ce qui risque de conduire ces derniers à un « délire doux et tranquille » d’interprétation exacerbée des symboles, sans tenir compte des intentions initiales ; il est bien clair que la Franc-Maçonnerie n’est, ni un substitut de religion, ni un délire théosophique... On doit rechercher la Franc-Maçonnerie dans les sources originelles, en les confrontant à nos expériences quotidiennes d’aujourd’hui, ce qui en fait donc une « never ending story ». 
Notre travail nous conduira donc à reprendre – en les commentant – les fondamentaux de la Franc-maçonnerie anglaise qui se trouvent dans les Instructions aux trois grades et dans les Discours après les réceptions, ou les explications des Tableaux, il s’agit d’une « masse incroyable » de documents. La répétition finit par produire du sens au fond de nous-mêmes...
Il ne s’agit donc pas de travaux savants, mais de lire et interpréter les documents disponibles, pour que l’effet instructif se produise, mais à condition de nous engager à préparer les textes avant : c’est l’approche « historique et spirituelle »...
L’exécution exacte du rituel est aussi une discipline en soi."

samedi 24 mars 2018

Instruction morale rectifiée

Lors de ses quatre dernières Tenues, la Loge L'Equerre - la Tradition Rectifiée n° 4 de la LNF a commenté l'Instruction morale du 1er grade du Rite Ecossais Rectifié, délivrée à tout nouvel Apprenti.
Il est important de revenir sur ce texte et d'en étudier les origines, d'en souligner la grille de lecture propre au Rectifié, et finalement d'en donner un sens pour les Maçons d'aujourd'hui.

Voici un extrait de l'Instruction morale :
“Vous avez été conduit par trois pas d'équerre à l'Orient, et là, après avoir été interpellé trois fois de déclarer si c'était bien par un pur et libre effet de votre volonté que vous demandiez à être reçu, le genou droit sur l'Equerre et la pointe du Compas sur le coeur, vous avez solennellement pris à témoin le Grand Architecte de l'Univers de vos engagements.”
Suivent quelques commentaires de la Loge :
"Poser cette question à trois reprises est un archaïsme de la maçonnerie française.
Le plus ancien rituel français connu, Hérault 1737, a déjà cette triple interprétation : “avez-vous la vocation ?” On n’a pas besoin de la Franc-maçonnerie pour accomplir un parcours spirituel et moral. On peut donc s’en passer. En revanche, pour y rentrer il faut le vouloir mais également le désirer. Ce libre appel qu’on se lance à soi-même est déterminant. L’essentiel, c’est de ressentir un jour (même après) que l’on est appelé. On n’est pas un pantin dans la Franc-maçonnerie. Il ne s’agit pas d’une révélation au moment où le bandeau tombe ; ce n’est pas de la magie. C’est un parcours progressif. Il faut avoir de la patience pour construire ce chemin.
Ce sur quoi le candidat prête serment - les yeux bandés - est l’évangile de St Jean. Depuis plus de 35 ans de maçonnerie, notre Vénérable Maître a constaté que les candidats semblent confiants quand on leur demande si leur main est bien sur l’Evangile… Il faut qu’ils le sachent et qu’ils en soient sûrs.
Il y a une différence entre le RER et le rite Anglais style Emulation. Dans ce dernier cas, on prête serment sur les 3 grandes lumières. Au RER, le compas et l’équerre sont présents, et donc les 3 grandes lumières, mais avec un agencement différent :
  • Compas contre le coeur
  • Genou dans l’Equerre
  • Main sur l’Evangile 
Cela a d’ailleurs posé problème avec les principes de base de reconnaissance de la GLUA : les 3 grandes lumières doivent être exposées à la vue du candidat. On a même vu dans certaines Loges rectifiées, par inculture maçonnique, l’ajout des 3 grandes lumières. Mais on peut dire que tous les rites reçoivent les candidats sur les 3 grandes lumières. Il s’agit d’un symbolisme universel : entre l’équerre (terre) et le compas (ciel), on trouve le livre (parole divine). 
Quelques échanges suivent :
  • Le principal objet de la maçonnerie est l’instruction maçonnique. Dans les textes rectifiés, il y a toujours une explication maçonnique classique et une autre qui renvoie à des clés de compréhension spécifiques et liées à 2 auteurs : Martinez de Pasqually et Louis-Claude de Saint-Martin. Témoin constant du RER, Saint Martin a une pensée commune à ceux qui ont façonné ce rite. 
  • La thématique du guide est très importante dans la pensée chrétienne en général, mais dans un rituel, il s’agit d’action et de rendre concret un état. Dans la vie courante, nous pouvons apparaître comme « errant ». Nous ne prenons guère le temps de nous arrêter et de nous interroger sur cette « errance ». La spécificité maçonnique, c’est de pouvoir s’y interroger. Le candidat, les yeux bandés, qui marche seul, livré à lui-même, figure, par le geste, la destinée humaine « errante » mais qui use de sa volonté à la recherche d’un guide. Il s’agit alors de rechercher à être en conformité avec les plans de la Providence.
  • La fonction de l’épée : c’est un caractère intemporel de la Franc-maçonnerie car on n’en utilise plus dans la société d’aujourd’hui. L’épée était un signe de la noblesse. Or les textes rectifiés de l’Ordre Intérieur parle de noblesse de naissance et de noblesse de mérite, précisant que la noblesse de naissance ne dispensera pas de la noblesse de mérite. L’épée est le symbole de l’honneur et de la force de la foi. Celui qui est noble met son honneur dans la cause de la foi."
L'ensemble des commentaires de l'Instruction morale du 1er grade du R.E.R. sont disponibles en ligne :

samedi 17 mars 2018

Actualités de Liber Latomorum

Lors de sa Tenue du 1er mars 2018, la Loge Liber Latomorum lettre γ de la LNMF a présenté les ouvrages suivants :


Ci-dessous un aperçu des deux comptes-rendus.

L'École secrète de sagesse, rituels et doctrines authentiques des Illuminés

"Curieuse histoire que celle des Illuminés dits de Bavière. Fondée en 1776 par Adam Weishaupt, cette société atteint son apogée en 1783. Apogée bien modeste, il est vrai, puisqu’elle ne regroupera jamais plus de quelques centaines de membres en Allemagne. Ce qui n’empêchera pas de donner naissance à toutes sortes de thèses conspirationnistes dès la fin du XVIIIe siècle avec Augustin Barruel, J. Robison en Angleterre (Proofs of a Conspiracy) et jusqu’à nos jours.
Si le but de cette société secrète non maçonnique est simple, celui de travailler au bonheur de l’humanité et s’oppose aux éléments conservateurs de la société, notamment les Rose-Croix d’Or d’Ancien Système, les Jésuites, etc., son organisation est complexe et hiérarchisée. C’est Adolf von Knigge, au début des années 1780, qui la met au point, remanie les rituels et lui donne un essor relatif. Bode, quant à lui, essayera d’imposer les vues de la société, notamment dans son combat contre les Jésuites, au convent de Wilhelmsbad en 1782, sans y parvenir. Weishaupt lui-même est très marqué par les Jésuites.
Si pour entrer dans la société, il faut être chrétien, l’enseignement est assez éclectique et les candidats doivent tenir une sorte de journal intime qui est remis aux Supérieurs de l’Ordre.
Dans la première classe, qui est la pépinière de la société, le candidat découvre 4 grades dont celui de Minerval (qui trouve sa source chez les « Architectes Africains ») prônant la pratique de la contemplation nocturne dans le silence en s’appuyant sur divers livres de sagesse et pas seulement chrétiens. Ce faisant, il apprend à connaître l’homme dans la perspective de le conduire au bien.
Dans la seconde classe (« Franc-maçonnerie »), on trouve des grades « écossais » qui témoignent d’une influence maçonnique voulue par Knigge. Lui-même était franc-maçon et pensait que la Franc-maçonnerie pourrait être une sorte de propédeutique à l’entrée chez les Illuminés.
Au sommet du système, dans la troisième classe, les « Mystères » sont enfin connus. On découvre le « vrai » christianisme, le « vrai » message du Christ qui ramènera l’humanité à sa vérité originelle.
Ainsi les Illuminés développent une sorte de philosophie de l’histoire, une discipline de l’arcane, réservée à une élite : il aurait toujours existé des écoles secrètes de sagesse dans lesquelles se serait conservée la sagesse originelle, la haute sagesse. La Franc-maçonnerie, elle-même, serait l’héritière, peut-être sans le savoir, de cette sagesse du Christ.
Ils préconisent aussi une méthode d’action dans le monde. Les Illuminés, le bons –dans le secret qui les protégera des persécutions du mal- doivent inciter les humains, qui sont plutôt malléables, au bien et jusqu’à la création d’un gouvernement mondial qui ferait triompher le bien sur le mal comme l’a voulu le Christ.
Mais bientôt Weishaupt et Knigge se brouillent. Les derniers rituels ne sont pas rédigés. En 1785, les Illuminés sont dénigrés, notamment par les philosophes rationalistes, et si Weishaupt essaye, un temps, de justifier son entreprise, il abandonne bientôt la partie. La légende est alors en marche.
[..]"

La suite sur le site de la Loge...

The Masonic Magician : The Life and Death of Count Cagliostro and His Egyptian Rite

"[..]
La Maçonnerie de Cagliostro, qui voulait s’intégrer dans la Maçonnerie de son temps, se présente comme un système de Hauts grades « égyptiens » (non au sens de l’Egypte antique que nous connaissons aujourd’hui), déchristianisé (mais non au sens antichrétien d’aujourd’hui) c’est-à-dire se référant au Dieu unique hébraïque, commun aux 3 religions du Livre. Elle recherche non une transformation « initiatique » de ses membres mais une communication avec le monde des anges par le biais de médiums.
Les auteurs s’interrogent enfin sur les raisons du relatif succès d’une telle Maçonnerie. Ils pensent trouver une explication dans le climat religieux intolérant du continent qui, contrairement au climat religieux tolérant britannique, favoriserait une réaction contre lui en suscitant un intérêt particulier pour les sociétés plus ou moins secrètes."
L'intégralité du compte-rendu sur le site de la Loge...

samedi 10 mars 2018

Affiliation à la LNF

A l'occasion de l'Affiliation d'un Frère à la Loge L'Equerre - La Tradition Rectifiée n° 4, le Vénérable Maître est revenu sur les principes et les raisons d'une telle pratique au sein de la LNF.

Pourquoi une telle cérémonie ?

Depuis sa fondation, la LNF pratique 3 rites, où il arrive assez souvent que des Frères appartiennent à deux ou trois Loges et Rites différents. Nous avons l’habitude lorsque l’un d’entre eux s’affilie à une Loge d’un nouveau rite, de lui faire prêter l’obligation du grade d’Apprenti de ce rite.

C'est le serment qui fait le Maçon !

Sur un plan strictement traditionnel, ce qui fait le maçon, c’est le serment qu’il prête. D’ailleurs, dans le cas d’une interruption de la cérémonie, on considérerait que c’est après le serment qu’il fait vraiment partie de cette famille spirituelle des Maçons. Dans notre Loge, l’instruction morale n’est pas lue le soir même de l’initiation, mais pour autant, ce n’est pas un demi-Apprenti - parce qu’il a prêté l’obligation. Le serment est un acte d’une nature particulière, pas toujours considéré aujourd’hui à sa juste valeur. Il est performatif comme pour le serment de l’ordre des médecins ou des avocats. Le serment englobe des éléments explicites et implicites. Ce qui est le plus important, c’est l’engagement personnel, une sorte de vocation.

Souligner la spécificité du Rectifié

Sur un plan plus technique, tous les serments n’ont pas exactement la même teneur. Dans le cas du RER, il s’agit de rappeler la spécificité de ce régime.
La génération qui a connu les fondateurs va progressivement passer la main, et donc passer également la mémoire (cf. la grande célébration des 50 ans de la LNF, le 9 juin).
En 1968, il y avait peu d’Obédiences, largement dominé par GODF, pratiquant une maçonnerie qualifiée de “voie substituée” par Jean Baylot.
La volonté de la LNF était - entre autres - de rétablir le Rectifié dans ses textes d’origine, qui avaient largement été caviardés en Suisse au XIXe siècle, notamment par la suppression de la mention d’être fidèle à la Sainte religion chrétienne.

Source : site de la Loge

samedi 3 mars 2018

Les honneurs dans la Maçonnerie anglaise

"Il est important de se souvenir qu'aux yeux des maçons anglais, le système des honneurs n'est pas un ensemble de dignités superficielles et dérisoires, comme nous aurions tendance à le voir en France. Il est avant tout la reconnaissance pour des milliers de frères de leur long et sincère engagement dans la franc-maçonnerie."
Telle fut la conclusion du travail intitulé "la Loge des Grands Stewards et le système des honneurs dans la tradition maçonnique anglaise : regard d'un maçon français", présenté dans la Loge Elizabeth St Leger lettre Ɑ de la LNMF.
Roger Dachez nous a invités à changer notre "regard continental porté sur la maçonnerie anglaise [..] souvent ironique, amusé, car on la réduit très volontiers à une maçonnerie de decorum et d'honneurs." 
Ce travail de conversion du regard peut se faire grâce à une approche historique :
"Le bleu des décors anglais
Quel est ce bleu qui orne les décors anglais ? Pourquoi le choix de la couleur bleue et de quel bleu s'agit-il ? Y aurait-il, comme on le suggère trop souvent en France, un symbolisme profond lié à cette couleur ? La réponse est non.
Tout s'explique par l'histoire et la culture anglaises. D'un côté, il y a le "light blue"  (le bleu pâle de l'Ordre de la Jarretière), celui des Stuart, et de l'autre, le Garter blue (Ordre de la Jarretière d'un bleu plus foncé), celui des Hanovre. Car à cette époque, il y a deux dynasties rivales qui se distinguent de leurs deux Ordres de la Jarretière.
L'un (le light blue) sera finalement celui des Loges dites « bleues » (trois premiers grades), l'autre, le Garter Blue, celui des dignités des Grands Officiers.
En France, en 1744, dans les premières divulgations maçonniques Le secret des francs-maçons, il est stipulé  que : « les Officiers portent en Loge des colliers taillés en triangle, d'un bleu de l'Ordre du Saint Esprit », ordre suprême français à cette époque, également bleu clair, mais d'un ton différent de celui de la Jarretière.
La Grande Loge d’Écosse choisira le vert, parce que c'est la couleur de l'ordre suprême en Écosse, celui du Chardon.
Donc la couleur choisie est toujours celle de la marque de dignité la plus haute de l'Ordre de Chevalerie du pays."
La suite sur le site de la Loge...

samedi 24 février 2018

Loge Louis de Clermont

La Loge « Louis de Clermont » publie ses travaux !

Fondée en 1979, c’est la 3e Loge d’études et de recherches créée au sein de la Loge Nationale Française après les Loges « Heraldica » et « William Preston ».

Pendant ses 35 années d’activité elle a consacré ses forces à l’étude de la Franc-maçonnerie française de la première moitié du XVIIIe siècle et de ses sources premières à savoir la Maçonnerie britannique des origines (principalement XVIIe et début XVIIIe siècle).

Sous la direction de son principal fondateur et premier Maître de Loge, René Guilly-Désaguliers, suivi par d’autres grands noms de la recherche maçonnique académique tels Roger Dachez, Pierre Mollier et consorts, la Loge travailla, selon la méthode universitaire historico-critique et à travers la recherche et l’étude de documents, à inventer la première Maçonnerie française héritière directe de la première Maçonnerie britannique, celle dite des « Modernes ».  Et non seulement elle étudia les usages maçonniques de ces premiers temps mais elle essaya également de découvrir la signification traditionnelle de symboles bien souvent oubliée.

De nombreuses tenues furent dédiées à l’étude des divulgations françaises des années 1740-50, d’autres à des études plus générales sur les premières loges en Angleterre, les débuts de la Franc-maçonnerie en Irlande, la signification traditionnelle des pierres, et jusqu'à s'intéresser à la pensée de la Renaissance, par exemple à travers le personnage de Philibert de L'Orme.

Certains de ses travaux furent publiés dans la revue Renaissance Traditionnelle ou sous forme d’ouvrages, à commencer par les 3 livres de René Désaguliers.

Nous proposons donc aujourd’hui à la bienveillante attention de nos lecteurs la publication, sinon intégrale du moins très importante, des travaux de la Loge.

Pour le moment sont disponibles les dernières années, soit 2010-2015, au cours desquelles, la Loge suivant le bon conseil de Boileau en remettant son ouvrage vingt fois sur le métier, a repris l’étude d’une des premières divulgations française, Le Secret des Francs-maçons de l’abbé Pérault (1744) et le réexamen d’ouvrages de René Désaguliers.

Le lecteur trouvera des comptes-rendus verbatim ou résumés selon les cas. Puisse-t-il être encouragé à relire ces divulgations si importantes pour l’histoire et la mission de l’Ordre maçonnique en France et dans le monde.

Nous poursuivrons, petit à petit, la publication de ces comptes-rendus en remontant dans le temps jusqu’à arriver aux tous premiers rédigés dans les années 1980 par un secrétaire exemplaire de la Loge, feu le frère Raymond Jalu.

Nous espérons que nos lecteurs trouveront plaisir et intérêt à étudier ces comptes-rendus et nous leur sommes reconnaissants d’avance s’ils voulaient bien nous faire part de leurs réactions.

Bonne lecture !

Thierry Boudignon
Archiviste national LNF

dimanche 18 février 2018

Les "Foresters" en Angleterre

"L’ « Ancient Order of Foresters » est une société que l’on peut qualifier de «méta-maçonnique». Il revendique une certaine ancienneté puisqu’il prétend, sans preuve, être fondé en 1745 dans le Yorkshire près de Newborough. En réalité, son origine remonte aux années 1790-1791 à Kirkgate dans le comté de Leeds. Il s’appelle alors l’ordre royal des Forestiers."
Dans la Loge William Preston lettre ב de la LNF, une présentation de cet Ordre méta-maçonnique en Angleterre du XVIIIe au XXe siècle, a été faite par Roger Dachez en 1999, qui se poursuit ainsi :
"La cour n° 1 se réunissait à l’ « Old Crown Inn », endroit qui était aussi celui où se rassemblait une loge. D’ailleurs, le dirigeant de cette cour et le Passé Maître de cette loge était une seule et même personne: John Smilton. L’ordre va se développer rapidement bien que, pour l’attester, les documents soient rares. En 1800, la cour n° 1 devient « Supreme Court ». Les rituels et les instructions sont très influencés par la Maçonnerie. Ainsi les décors, d’abord constitués d’écharpes puis de colliers, se modifient par mimétisme avec la maçonnerie. Au cours du XIXe siècle, on adopte le tableau (à l’image du tableau de loge). Bien que les officiers des cours ne soient pas les mêmes qu’en loge (on trouve des « Beadle » [bedeau] ou huissiers et des « Woodward » ou gardiens), le rituel – qui est pratiqué actuellement, et qui date de 1840 – est une copie, adaptée aux besoins de l’ordre, des rituels maçonniques. [..]"
La suite sur le site de la Loge...

dimanche 11 février 2018

Nouvelles lumières sur le conflit des Antients et des Moderns

La Loge d'études et de recherches de la LNMF, Elizabeth St Leger lettre Ɑ, dédiée à la compréhension de l’esprit et des usages de la maçonnerie d’outre-Manche et des sources de la tradition maçonnique dans son ensemble, vient de créer son site Internet dans lequel seront publiés au fur et à mesure l'ensemble de ses travaux.

Le dernier travail disponible en ligne concerne le conflit des Antients et des Moderns dans l’Angleterre maçonnique du XVIIIe siècle, présenté par Roger Dachez le 23 mars 2017 :
"Ce travail fera l’objet d’une publication dans un prochain numéro de la revue Renaissance Traditionnelle sous le titre « La tradition des Antients : un mythe historiographique français ». C’est donc un bref résumé qui est présenté ici.
Ce conflit est maintenant bien connu, notamment grâce aux études érudites de la Loge des Quatre Couronnés de Londres, et à partir de l’état actuel de la recherche, nous pouvons étudier comment une certaine historiographie française s’est emparée de ce thème pour l’instrumentaliser à des fins de politique maçonnique obédientielle.
Rappelons brièvement les faits historiques.
Autour des années 1720 apparaît la première Grande Loge du monde, la Grande Loge d’Angleterre. A partir de 1751 naît une 2e Grand Loge en opposition à la 1ère. S’en suivra un conflit de plusieurs décennies qui se résoudra finalement en 1813 avec la création de la Grande Loge Unie d’Angleterre.
Les historiens se sont interrogés sur les raisons de l’apparition de cette 2e Grande Loge et diverses théories ont été émises.
William Preston, dans son célèbre ouvrage Illustrations of Masonry (2e édition 1775), a été le promoteur de la thèse selon laquelle cette 2e Grande Loge serait un schisme de la 1ère, pour revenir à d’anciens usages que cette dernière aurait abandonnés.
Un siècle plus tard, Henry Sadler, dans son ouvrage Masonic Facts and Fiction (1887), démontre après une sérieuse étude documentée, que la fondation de la 2e Grande Loge n’était pas le résultat d’un schisme mais qu’elle était le fruit de la volonté de frères, la plupart d’origine irlandaise, qui n’ayant pas ou mal été accueillis par la 1er Grande Loge en ont créé une de novo. Emmenés par un frère exceptionnel, Laurence Dermott, ils vont donner à cette nouvelle Grande Loge un grand renom en se différenciant le plus possible de la 1ère Grande Loge, jusqu’à l’attaquer de front à partir du milieu des années 1760, dans la 2e édition de leurs Constitutions Ahiman Rezon où ils se présentent comme les successeurs d’une maçonnerie irlandaise « ancienne », entendez plus ancienne et plus vraie que la Grande Loge d’Angleterre considérée comme dégénérée.
..."

La suite sur le site de la Loge...

jeudi 8 février 2018

Religio Duplex

En 2016, dans la Loge Liber Latomorum de la LNMF, Gérard Gendet a présenté un compte-rendu exhaustif de l'ouvrage intitulé Religio Duplex, Comment les Lumières ont réinventé la religion des Egyptiens, de Jan Assmann.
"L'auteur considère que c’est en effet à l'époque des Lumières que se cristallise la thèse d’une double religion présente en Egypte depuis la haute antiquité et que la maçonnerie aurait peu à peu redécouverte en la décelant dans diverses sources littéraires. L’enquête menée par Assmann rassemble les éléments de cette genèse. Elle se veut historique et sociologique. 
[..] 
Au cours des XVIIe et XVIIIe siècles se développe l’opposition entre la religion naturelle et la religion révélée, ou religion « positive », que l’on peut résumer par l’opposition entre la raison et la foi. Elle recouvre deux conceptions de Dieu, le Dieu des philosophes et le Dieu des Pères. Par « religion naturelle », il faut entendre une sorte de religion originaire qui suit l’instinct que la nature met en nous et qu’on se représentait comme un monothéisme, ou plutôt comme un panthéisme, un « Spinozismus ante Spinozam ». Elle contient l’idée d’une cause première d’où tout est issu selon la formule grecque Hen kai Pan, littéralement « l’Un et le Tout », ou le « Un-Tout ». La formule est généralement attribuée à Héraclite. Mais, aux yeux des Lumières, une autre origine encore plus lointaine se fit jour : « un certain nombre d’érudits croyaient pouvoir établir que cette religion panthéiste originaire de l’Un comme Tout existait dans l’Egypte antique ». Elle passait pour le savoir le plus ancien de l’humanité. C’est à partir des descriptions transmises par les auteurs Grecs que naquît cette image de la religion de l’Egypte ancienne comme religio duplex. Parmi les plus importantes on compte le traité de Plutarque (46-125) Isis et Osiris et l’écrit du néoplatonicien Jamblique (242-325) connu depuis la Renaissance sous le titre Sur les mystères égyptiens (De mysteriis Aegyptorum). A celles-ci s’ajoute dans l’Antiquité tardive une vaste littérature gréco-égyptienne de type religieux comprenant des papyrus magiques et les traités du Corpus Hermeticum, très imprégnés de motifs et de conceptions néoplatoniciennes. Selon Assmann cette littérature, qui eu une grande influence à l’époque des Lumières, contient en substance l’idée d’une dissociation entre une religion du peuple et une religion des élites.
De manière très approfondie Assmann examine les différentes étapes du processus par lequel est né le phénomène de la religio duplex et pourquoi les francs-maçons ont cru à la thèse de l’Egypte antique comme étant à l’origine et l’initiatrice de ce type de religion. Thèse qui repose largement sur des méprises et des erreurs. Grâce à son expérience d’égyptologue, Assmann commence par dresser l’état de la situation politique et sociale à la fin de la civilisation égyptienne et l’interprétation qu’en firent les Grecs. L’Egypte ancienne fut successivement soumise à la domination des Perses, des Grecs puis des Romains et selon l’auteur, en réaction aux dominations étrangères, il y eu de la part des élites égyptiennes, dépossédées du pouvoir politique, socialement dégradée, une cléricalisation de la culture qui se réfugia dans le secret des temples, donnant ainsi prétexte à une distinction entre religion populaire et, derrière celle-ci, une sagesse profonde, inaccessible au peuple et réservée aux « sages ». A cela s’ajoutent les concepts du sacré et du secret très proches l’un de l’autre, le sacré étant considéré comme ce qui est secret par excellence dans la religion égyptienne. Les textes sacrés, destinés à la récitation, mettaient en œuvre un procédé qu’il appelle « interprétation sacramentelle », fondée sur l’idée d’un double sens de l’écrit, « une sémantique à double fond », reposant sur la distinction entre un sens littéral et un sens mystique, entre « le niveau des phénomènes et le niveau de la signification secrète ». Le second sens ayant un aspect transformant. Celui qui en use lors d’un rituel bien réglé se transfigure. Assmann y voit un procédé permettant de forger une interprétation qui présuppose la distinction entre un monde matériel et temporel où se déroulent les rites et un monde des dieux ; cette dualité remontant à la haute Egypte, deux à trois millénaires avant notre ère. C’est dans cette antique tradition, pense-t-il, que réside le vrai noyau de la conception que se firent les Grecs des Mystères Egyptiens.
Les francs-maçons du 18ème siècle n’avaient pas accès à la signification des hiéroglyphes, dont le déchiffrement commença avec Champollion en 1822. Néanmoins l’idée qu’ils se firent de l’écriture de l’Egypte ancienne, ou plutôt de ses différentes écritures, explique l’image qu’ils projetèrent sur sa religion et sa culture. La première erreur pointée par Assmann réside dans la conviction de la présence de deux écritures. L’une cursive destinée à tous, le démotique (« démotique » vient du grec dêmos, « peuple » et signifie « écriture du peuple »), l’autre hiéroglyphique qui n’était que pour les prêtres (d’où le nom de hiéroglyphes, du grec hieros, « sacré », hiereus, « prêtre »). En réalité on utilisait en Egypte trois écritures : « l’écriture hiéroglyphique pour les inscriptions monumentales ; le hiératique, une écriture cursive, pour les manuscrits sur papyrus et autres matériaux ; et enfin une écriture cursive encore beaucoup plus simple pour la langue vernaculaire, le démotique ». Aujourd’hui nous savons qu’il s’agit de trois variantes d’un unique système d’écriture. Déjà au 1er siècle av. J-C. Diodore de Sicile interprétait le démotique comme le système général d’écriture, appris par tous, et l’écriture sacrée comme une écriture qui n’était utilisée que par les prêtres et enseignée dans le cadre des Mystères. Deux cents ans plus tard Clément d’Alexandrie (150-220) restitue plus précisément cette triple forme d’écriture et décrit son apprentissage comme un chemin initiatique, l’écriture hiéroglyphique formant le couronnement d’une culture sacerdotale. A la façon de Diodore, il comprend l’apprentissage des hiéroglyphes comme le degré le plus élevé de l’initiation aux Mystères égyptiens, mais pour lui la frontière entre la face extérieure et la face intérieure, entre le profane et le sacré, entre le niveau exotérique et le niveau ésotérique de la culture égyptienne, passe entre l’écriture épistolaire (démotique) et les deux écritures sacerdotales (hiératique et hiéroglyphes), qui marquent à leur tour différents degrés du secret dans les Mystères des temples. En outre Clément distingue dans l’écriture hiéroglyphique les signes élémentaires et les symboles. Les symboles se subdivisant à leur tour en trois sortes : la simple imitation, le transposé ou « tropique » et enfin l’allégorique ou énigmatique. Porphyre de Tyr (234-305) traite également des écritures égyptiennes dans le cadre de l’initiation aux Mystères égyptiens, en l’espèce l’initiation de Pythagore, censé avoir étudié des dizaines d’années auprès des prêtres égyptiens. Lui aussi distingue trois types d’écriture qu’il nomme « épistolographe », « hiéroglyphe » et « symbolique ». Clément et Porphyre établissent tous deux une relation entre l’écriture hiéroglyphique et l’idée d’une cryptographie liée à sa fonction dans les Mystères. En résumé, dans cette conception d’une double culture strictement scindée entre exotérique et ésotérique réside la nécessité d’une double écriture et inversement. C’est sur cette opposition (hiéroglyphes = écriture ésotérique, cursive = écriture exotérique) que s’est progressivement édifiée l’idée de la double religion.
[..]" 
La suite sur le site de la Loge.

dimanche 4 février 2018

Loge Gérard GEFEN n° 29

Située à l'Orient de Marseille, la Loge Gérard GEFEN portant le n° 29 de la LNF, rend hommage au franc-maçon du même nom (1934-2003) qui travailla toute sa vie à une meilleure compréhension, pratique et étude du Rite Anglais de style Emulation.

Mais qui était ce Frère ?
Gérard Gefen était musicologue, écrivain, producteur de disques classiques, grand voyageur et connaisseur du rite anglais de Style Emulation entre autres choses.
Après avoir associé à des études en philosophie et en sciences politiques, celles de l'histoire de l'art et de la musique, Gérard Gefen s'est finalement consacré à ces dernières disciplines. On lui doit un très grand nombre d'émissions de radio (France Musique, France Culture, Radio de la Suisse romande) et de collaborations à la presse musicale.
Mais, avant tout écrivain, il est notamment l’auteur de Les Philosophes, roman (Éditions du Scorpion, 1960) ; Furtwängler, une biographie par le disque (Pierre Belfond, 1986) ; Augusta Holmès, l'outrancière (Pierre Belfond, 1987) ; L'assassinat de Jean-Marie Leclair, récit (Pierre Belfond , 1990) ; Histoire de la musique anglaise (Fayard, 1992) ; Les musiciens et la franc-maçonnerie (Fayard, 1993) ; Maisons de musiciens (Chêne, 1997) ; Paris des artistes, (Chêne, 1998) ; Paris vu du ciel, (Chêne, 1998) ; La Sicile des Guépards, vie quotidienne d’une aristocratie, (Chêne, 2000); Le siècle de feu de l’Opéra italien, (Éditions du Chêne, 2000) ; Verdi par Verdi (L’Archipel, 2001) ; Wilhelm Furtwängler, la puissance et la gloire, (L’Archipel, 2001) ; Piano (Chêne, 2002) ainsi que de nombreuses contributions dans des ouvrages collectifs, de plusieurs traductions et d’un livret d’opéra.
Initié en 1974, il fut membre de la Loge Nationale Française (Loges Goodwill n°17, René Guilly n°22, Loge d’études et de recherches William Preston lettre Beth) et membre correspondant de la célèbre Loge d’études des Quatuor Coronati. Il y pratiqua le rite anglais, style Emulation, dont il possédait tous les grades et dignités : Passé Maître, Passé Maître de la Marque, Passé Zorobabel, Principal du Suprême Grand Chapitre de la Maçonnerie française de la Marque et de l’Arc Royal.
De nombreuses informations et divers travaux en ligne sur le site de la Loge Gérard GEFEN...